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Gentz ; Ivernois, François d'
An François d'Ivernois, Berlin, 25. Mai 1799, Bibliothèque publique et universitaire, Genf. Département des manuscrits, Ms. suppl. 976, Bl. 158-160v 1799

Gentz digital

Transkriptionsentwurf Günter Herterich

id693
Briefaussteller
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Gentz
Briefempfänger
Ivernois, François d'
AusstellungsortBerlin
Datum25. Mai 1799
Handschriftl. ÜberlieferungBibliothèque publique et universitaire, Genf. Département des manuscrits, Ms. suppl. 976, Bl. 158-160v
Format/Umfang3 Bl., F: 256mm x 209mm; 5 ½ eighd. beschr. Seiten
DruckorteKarmin, Lettres inédites, Nr. III, 16-21. Sonderpublikation
IncipitSi j'ai tardé aussi longtems
BrieftypBriefe von Gentz
Digitalisat: TextAn François d'Ivernois Berlin, 25. Mai 1799 Monsieur ! Si j'ai tardé aussi longtems de vous présenter mes remercimens bien sincéres de toutes vos bontés pour moi, c'étoit plutôt la faute des circonstances que la mienne. Affoibli par une maladie qui m'a obsedée pendant deux mois, tourmenté d'une foule d'occupations différentes, et pressé par ma besogne periodique, j'ai remis d'une semaine à l'autre de remplir un devoir aussi doux pour moi; et malheureusement j'apprens trop tard le départ du Courier de Monsieur Grenville, pour pouvoir même aujourd'hui vous [entretenir] dire la moitié seulement de ce que je m'étois proposé de vous dire, ou pour pouvoir vous communiquer toutes les idées que la lecture de vos lettres et de votre ouvrage a fait naitre dans mon esprit. J'ai reçu successivement tout ce que Vous avez eu la bonté de m'adresser, vos lettres, les exemplaires de votre excellent ouvrage, et celui de 1796 que vous m'avez envoyé en dernier lieu, et pour lequel j'ai des remercimens particuliers à vous faire. Vous trouverez dans un des cahiers que je prens la liberté de joindre à la présente, la traduction de votre morceau sur la décadence du commerce des François; vous y trouverez aussi les motifs qui m'ont déterminé à insérer préferablement ce morceau, qui, tout admirable qu'il est, l'auroit cependant cédé à un des premiers chapitres, si l'étendue de ceux-ci ne m'avoit empêchée de les choisir. Mais je me reserve d'en faire connoitre l'importance au public d'Allemagne par des extraits. // Comme dans toutes les lettres que j'ai reçu de Vous je ne trouve aucune mention de celle que j'ai eu l'honneur de vous adresser à la fin du mois de Janvier, et à laquelle étoient joints les deux prémiers cahiers de mon Journal, je commence à douter, si cette lettre vous sera parvenue. Le libraire Fauche à Hamburg s'étoit engagé à vous la faire parvenir, et il m'avoit même écrit qu'il s'étoit acquitté de cette commission par une personne très sûre. Ayez donc la bonté de me mander ce qu'il en a fait. Je ne vous dirai rien aujourd'hui de l'objet principal de votre ouvrage sur les Finances d'Angleterre. [Je] Quoique je l'aie parcouru avec l'intèret, ou plutôt avec l'avidité que m'inspire tout ce qui sort de votre main, je ne puis pas dire que je l'aie l û; et cet ouvrage doit être lû et médité. Je passerai quelques-mois à la campagne et m'étant bien proposé, que cette lecture doit être la première et la plus intéressante des occupations, dont je jouirai dans cette retraite, je vous ferai alors part dans une petite dissertation particuliére, de mes principes et de mes raisonnemens sur un sujet que vous avez traité d'une maniére si neuve, et si habile. Pour ce qui est de Votre grand ouvrage sur l'état de la France, je le regarde comme la leçon la plus salutaire qui pouvoit jamais être adessée aux hommes de tous les pays, contre la séduction de l'esprit révolutionaire et le penchant funeste pour les innovations. C'est un tableau, // par lequel vous avez bien mérité de la génération actuelle et de la postérité, plus effrayant, que tout ce qu'on peut dire sur la marche et les evenemens de la révolution, plus instructif que tous les raisonnemens contre ses principes. Il n'y a eu de tout tems, comme vous le savez, Monsieur, qu'un seul point, sur lequel nos opinions ne se sont pas entiérement rencontrées, et ce point-là (je vous le dis avec la franchise inséparable du respect et de l'admiration que vous m'avez inspirée) je le retrouve encore dans ce dernier ouvrage. Il est impossible, de peindre avec des couleurs trop fortes, toutes les plaies que cette malheureuse revolution a faite à la France, la diminution ou l'aneantissement des capitaux, la stagnation de l'industrie et du commerce, la dilapidation de la fortune publique, la perte du crédit, l'épuisement absolu dans lequel ce pays s'est precipité, et toutes les suites funestes [xxx] qu'il doit produire relativement au bonheur et aux [moralité] moeurs, d'une nation privée de toutes les sources de prosperite et de moralité publique. Mais j'ai toujours crû, que les conséquences que vous tirez ce cet état deplorable, et les calculs par lesquels vous démontrez l'impuissance du g o u v e r n e m e n t, mênent trop loin. J'ai été d'abord, et au fond je suis encore parfaitement d'accord avec Vous sur les p r i n c i p e s de vos calculs; mais ici l'expérience a, pour ainsi dire, écrasé les principes. Autrefois on raisonnoit juste, en mesurant les forces d'un gouvernement sur les ressources interieures du pays; mais depuis quelque tems l'expérience paroit avoir etabli un principe absolument neuf de l'economie politique, c'est que (toutes les fois qu'il s'agit d'un état considerable) il est impossible de calculer le dégré d'épuisement nécessaire pour paralyser entiérement la force publique. La sortie d'une escadre de // 25 vaisseaux de ligne du port de Brest, est un de ces événemens qui paroissent insulter à la sagesse humaine. Je sais fort bien, que cette entreprise, bien loin d'être un signe de prosperité intérieure, affoiblit de nouveau les bases de la richesse nationale et creuse plus profondément l'abime dans lequel elle s'engloutit. Mais enfin, aurions-nous cru que le Directoire, dans la détresse pitoyable ou il se trouve, sauroit encore se ménager les moyens de faire cet armement ? [J'ose] J'avoue que je n'y conçois rien; j'avoue que d'après tous les principes raisonnables ce monstrueux gouvernement d e v r o i t être à bout de toutes ses ressources ; mais je pense quelquefois, ne fut-ce que pour nous consoler, à la réflexion ingenieuse que faisoit Monsieur Mallet Dupan dans son ouvrage de 1793. "Il n'y a plus que les esprits faux qui aient raison, car l'histoire du tems est un tissu d'invraisemblances." C'est aussi de ce seul côté, que votre ouvrage, d'ailleurs estimé et admiré comme il le merite par les plus éclairés de nos Ministres a trouvé des contradicteurs dans la bonne classe: (car vous devez [être xxx] vous attendre à être honoré de la haine de tous ceux qui sont plus ou moins amis des révolutions); j'ai tâché souvent de <vous> défendre de cette critique, en faisant remarquer, que Vous étiez bien loin d'annoncer le jour et l'heure, ou le gouvernement François arriveroit à sa dissolution, qu'au fonds tous vos raisonnemens ne prouvoient que l'approche de cette dissolution, et l'impossibilité de se maintenir longtems dans une situation comme celle de la France. Encore ces jours-ci un homme respectable, et du petit nombre de ceux qui sont dignes de vous lire, m'a repondu: "Je v o u d r o i s qu'il ait raison sur ce point-là, comme il a raison sur tout le reste: mais je ne le crois pas." // Encore une fois, pardon de ma franchise ! Mais comme c'étoit la seule objection, que des hommes d'un certain poids vous ont faite, la seule sur laquelle il me reste quelques doutes à moi-même, je crois que j'ai bien fait de ne pas vous la taire. J'ai lû avec un intèret, melé de regrets, les articles, que Monsieur de Montlosier publie depuis quelque tems dans le Courier de Londres. C'est sans contredit un écrivain distingué, et même un homme de génie que Monsieur de Montlosier. Mais pourquoi, au lieu de donner au public des résultats clairs et lumineux, qu'il est certainement en état de fournir, s'enfonce-t-il dans de vaines chiméres, et s'entoure-t-il d'une obscurité qui paroit quelquefois [xxx] volontaire ? Pourquoi sur-tout offense-t-il le sens commun au point de dire, que l'argent est un objet entiérement superflu pour les nations et les gouvernemens ? Que dit on parmi Vous de ces paradoxes ? Un autre objet qui me pèse sur le coeur, c'est le Journal de Monsieur Peltier. Heureusement je ne crois pas que ce Journal ait un public fort considérable: mais c'est toujours un malheur, quand ceux qui defendent la bonne cause se persécutent et se detruisent mutuellement. Quelles sorties indécentes cet écrivain s'est permis contre Monsieur Mallet DuPan ! Y a-t-il donc parmi les émigrés de Londres des personnes qui méconnoissent assez leurs propres intèrets pour applaudir à une telle conduite ? Je m'apperçois qu'il faut finir. Je prens la liberté de vous confier une lettre pour Monsieur Balan. Il m'a rendu un véritable service par la traduction excellente d'un de mes morceaux; et je vous avoue que malgré tout ce que Vous m'aviez dit du mérite de cette traduction, elle a encore // beaucoup surpassé mon attente. Je suis charmé d'apprendre que le Departement des affaires étrangeres rend justice aux talens et aux merites de cet homme; j'entens dire tous les jours qu'on en est infiniment content; et certes, il y en a peu dans cette carriére, que l'on pourroit [xxx] mettre en ligne de comparaison avec lui. Est-ce peut-être Monsieur Balan qui a traduit l'ouvrage de Monsieur Rose en Francois. Je viens de recevoir cette traduction, mais je n'ai pas encore eu le tems de la comparer à l'original que j'ai lû avec le plus grand intêret. Acceptez, Monsieur, avec bienveillance, l'assurance renouvellée des sentimens distingués dans lesquels je ne cesserai d'être, Votre très-humble et très-obeissant serviteur Berlin ce 25 Mai 1799. Gentz. Auf der ersten Seite von fremder Hand (möglicherweise von d'Ivernois) Mr Gentz Berlin ce 29 May 1799 H: Bibliothèque publique et universitaire, Genf. Département des manuscrits, Ms. suppl. 976, Bl. 158-160v. 3 Bl., F: 256mm x 209mm; 5 ½ eighd. beschr. Seiten. D: Karmin, Otto: Lettres inédites de Frédéric Gentz, Nr. III, 16-21. Sonderpublikation.