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Gentz ; Ivernois, François d'
An François d'Ivernois, Berlin, 8. August 1800, Bibliothèque publique et universitaire, Genf. Département des manuscrits, Ms. suppl. 976, Bl. 182-184v 1800

Gentz digital

Transkriptionsentwurf Günter Herterich

id4539
Briefaussteller
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Gentz
Briefempfänger
Ivernois, François d'
AusstellungsortBerlin
Datum8. August 1800
Handschriftl. ÜberlieferungBibliothèque publique et universitaire, Genf. Département des manuscrits, Ms. suppl. 976, Bl. 182-184v
Format/Umfang3 Bl., F: 230mm x 189mm; 6 eighd. beschr. Seiten
DruckorteKarmin, Lettres inédites, Nr. VIII, 34-37
IncipitJ'ai attendu avec la plus grande impatience
BrieftypBriefe von Gentz
Digitalisat: TextAn François d'Ivernois Berlin, 8. August 1800 Monsieur ! J'ai attendu avec la plus grande impatience la lettre que Vous avez eu la complaisance de m'annoncer sous le 20 Mai, et les livres qui doivent l'accompagner. Mais Vous avez pu être, je dirois presque, asssez cruel, pour ne pas satisfaire au desir si naturel et si vif, que vous aviez fait naitre. Jusqu'ici je ne vous en ai point adressé des reproches, parce que je croyois fermement, que l'arrivée de Lord Carysfort à Berlin seroit enfin le moment qui réaliseroit ce que j'avois espéré si longtems: mais Lord Carysfort - et ce fut vraiment la premiere question que je lui adressai - ne m'a rien apporté. Permettez-moi donc, Monsieur, de vous faire parvenir à la fin les plaintes amères, que m'inspire naturellement un retard si facheux du plaisir dont je comptois jouir d'une semaine à l'autre. Veuillez seulement considérer, que je n'ai pas encore v u votre dernier ouvrage, publié depuis quatre ou cinq mois; et si tout ne conjure pas contre // nous, saisissez, je vous prie en grace, la première occasion pour exécuter ce que vous avez eu la bonté de me promettre. En attendant je Vous présente ci-joints les derniers cahiers de mon journal, dans lesquels j'ai traité l' é t a t d e s f i n a n c e s f r a n ç o i s e s d e p u i s l e 1 8 B r u m a i r e. Je dois m'être rencontré nécessairement avec Vous sur bien des points, et j'en suis d'autant plus curieux de lire et d'étudier votre dernier ouvrage. Mais ce qui m'intéresse particulièrement c'est de savoir ce que Vous direz du morceau par lequel j'ai terminé mes calculs. Je crois que nous sommes enfin arrivés au moment, où au lieu de calculer le dégré de confusion et de nullité dans les bases administratives de la France, il faudra s'occuper exclusivement des deux questions suivantes: 1. Jusqu'à quel point un état peut-il entretenir une puissance militaire formidable sans fonder cette [ressour] puissance sur aucune des ressources intérieures qu'on a regardé // jusqu'à présent comme conditions indispensables de la force publique ? 2, Jusqu'à quel point un état peut-il subsister, et même - s'il n'y a pas de la témérité à prononcer ce mot - fleurir, sans richesse nationale, sans principes administratifs, et sans finance ? - J'ai c o m m e n c é à discuter ces questions terribles, déséspérantes pour tous ceux qui savent apprécier les intérèts réels de la société civilisée. Je vous invite, je vous conjure, de les traiter avec moi. Quelque soit le résultat de cette recherche, il faut l'entamer. Le sort de l'Europe me paroit renfermé dans ces questions. Vous savez, Monsieur, combien de fois on nous a reproché - car j'ai eu l'honneur de [Vou] vous être associé toutes les fois qu'on Vous a intenté le procés, et certes, je ne m'en dédirai pas - combien on nous a blamé d'avoir voulu prédire la chute du gouvernement révolutionaire, par les calculs que nous avons fait sur le dépérissement toujours croissant de ses finances. Eh bien ! quand même on seroit forcé de répondre aux deux questions que je viens de poser, de la manière la plus favorable aux voeux des maitres de la France, les p r i n c i p e s, que // nous avons défendu, n'en triompheront pas moins à la fin, et la postérité nous vengera. Mais p o u r l e m o m e n t a c t u e l, je crois, qu'il seroit dangereux de fermer les ieux sur les e x c e p t i o n s affligeantes de ces principes, qu'une triste expérience nous forcera bientôt d'admettre. Il se prépare pour la société entière une époque terrible, qui bouleversera, je le crains beaucoup, avec toutes les institutions existantes, tous les principes qui leur servoient de base. Ces principes renaitront, i l f a u t le croire, ce seroit le comble de la folie, et j'ajouterai, du crime, que de ne pas l'espérer avec l'assurance la plus inebranlable. Mais la génération actuelle sera engloutie dans l'abime des maux que la révolution a ouvert, qui n'a encore devoré que ses premières victimes, qui en demande et qui en obtiendra une infinité d'autres. Je crois qu'il faut être préparé à cette crise effroyable, et qu'au lieu d'en [xxx] atténuer la grandeur, en nourrissant l'espérance de la prévenir par des moyens ordinaires, il faut se frayer, il faut frayer du moins à la postérité // le chemin d'en sortir, en combattant le monstre par les armes que lui-même nous a fourni. En un mot, s'il est vrai que la France subjuguera, qu'elle a déja subjugué le monde par la f o r c e a v e u g l e, et par des moyens inexplicables par les principes et en contradiction avec tous les principes, il faut jeter un voile sur les principes - sans cependant y renoncer un seul moment - attaquer la force par la force, et dire de ce système bienfaisant, qui [commencoit si] avoit commencé si heureusement d'organiser l'Europe au vrai bonheur social, par le travail, par l'ordre, par le commerce, par une administration savante, ce que le poete disoit de la liberté de sa patrie, [laquelle] prête à expirer non ante revellar E x a m i n e m quam te complectar....tuumque Nomen....et inanem prosequar umbram. Voila le triste résultat de tout ce que j'ai pensé depuis six mois sur l'état où nous nous trouvons. Si vous me croyez dans l'erreur, Monsieur, ne me refusez pas vos lumières; je serois heureux, infiniment heureux si je pouvois passer avec Vous quelques semaines pour // discuter tant de choses, que des lettres et des livres ne sauroient jamais traiter que foiblement et imparfaitement. Mais comme enfin la correspondance est la seule consolation qui nous reste, ne me privez plus pour si longtems que Vous l'avez fait cette fois-ci, d'un si précieux dédommagement; conservez-moi la bienveillance dont vous avez paru m'honorer jusqu'à présent, et croyez aux sentimens distingués et au dévouement inviolable avec lequel je serai toujours Votre très-humble, très- obeissant et très-fidèle serviteur Berlin ce 8 Aout 1800. Gentz P.S. Je vous prie de dire bien des choses de ma part à Monsieur Balan. J'ai appris avec un regret bien sincère, qu'il a été malade pendant quelque tems. J'espère que Vous aurez la bonté de me rassurer sur l'état actuel de sa santé. Am Kopf des Briefes: Mr Gentz 8 Aout 1800 / rep le 28 7bre. H: Bibliothèque publique et universitaire, Genf. Département des manuscrits, Ms. suppl. 976, Bl. 182-184v. 3 Bl., F: 230mm x 189mm; 6 eighd. beschr. Seiten. D: Karmin, Otto: Lettres inédites de Frédéric Gentz, Nr. VIII, 34-37.