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Gentz ; Ivernois, François d'
An François d'Ivernois, Berlin, 20. März 1798, Bibliothèque publique et universitaire, Genf. Département des manuscrits, Ms. suppl. 976, Bl. 135-139 1798

Gentz digital

Transkriptionsentwurf Günter Herterich

id3465
Issuer of letter
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Gentz
Addressee of letter
Ivernois, François d'
LocationBerlin
Date20. März 1798
Handwritten recordBibliothèque publique et universitaire, Genf. Département des manuscrits, Ms. suppl. 976, Bl. 135-139
Size/Extent of item5 Bl., F: 252mm x 203mm; 9 eighd. beschr. Seiten
Places of printKarmin, Lettres inédites, Nr. I, 6-13
IncipitJ'ai reçu successivement, d'abord la lettre
Type of letterBriefe von Gentz
Digital item: TextAn François d'Ivernois Berlin, 20. März 1798 Berlin ce 20 Mars. 1798. Monsieur ! J'ai reçu successivement, d'abord la lettre très-obligeante, par laquelle vous avez bien voulu m'annoncer l'envoi prochain de Votre dernier ouvrage, que j'attendois avec impatience depuis que j'en espérois la publication d'aprés les gazettes de Londres; ensuite les 256 prémieres pages que Monsieur le Comte de Tauenzien a eu la bonté de m'apporter, enfin l'exemplaire complet du premier volume, que Vous m'avez fait parvenir par le canal de MyLord Elgin. Je devrois avant toutes choses Vous exprimer, Monsieur, de la maniére la plus forte et la plus vive, combien je suis sensible au jugement que Vous avez prononcé sur mes foibles efforts, dans cet ouvrage, et dans [le précedent] celui que j'ai eu le plaisir de traduire, et combien je me trouve honoré de la bonne opinion d'un des hommes les plus distingués parmi les écrivains politiques de notre tems: mais quand Vous saurez quelle impression profonde vos ouvrages ont fait sur moi, je n'aurai plus besoin de Vous dire, à quel point j'ai été flatté par Votre suffrage. Je Vous ai regardé de tout tems, comme un de ces hommes trop rares aujourd'hui, dont l'autorité et les talens devoient servir si non de contrepoids aux systêmes funestes du jour, du moins de consolation aux esprits sages et bien-organisés, dispersés encore ça-et-là dans ce naufrage presqu'universel de la raison humaine: // Je voyois bien que malheureusement Vous seriez trop foible pour vous opposer efficacement à un torrent, qui entraîne la moitié de l'Europe civilisée; mais je jouissois de l'idée, qu'il existoit encore, au milieu de cet aveuglement inconcevable, (et à ce qui paroit i n c u r a b l e) quelques hommes en état de juger les événemens, [et] de saisir les véritables points de vue, et de se rallier fortement a des principes nobles, purs, et élévés: idée que tout ce qui m'environne depuis quatre ou cinq ans, m'avoit presque fait perdre. Je viens d'achever la lecture delicieuse de Votre dernier ouvrage. J'y ai trouvé [xxx,] les mêmes lumiéres, la même chaleur, le même caractére enfin, que j'ai admiré dans tout ce qui est <sorti> de Votre plume. Si l'embarras des Finances n'a pas produit seul la revolution du 18 fructidor, je suis parfaitement d'accord avec vous, qu'il a joué un rôle très-important parmi les causes de cet événement funeste. Je souhaiterois, que les vingt derniéres pages de Votre livre puissent être imprimées en lettres d'or, placées à l'entrée du palais de chaque gouvernement, [intact] encore intact, et lues à haute voix deux fois par jour dans chaque conseil supérieur. Ceux qui sont dignes de Vous entendre, pourront du moins dire un jour de Vous, Si Pergama dextra, Defendi poterint, etiam hac defensa fuissent. Le résultat de Votre ouvrage est en général un résultat bien triste. Loin que la pénurie absolue du gouvernement François // dont Vous avez porté la demonstration à une évidence mathématique, (et que le dernier rapport de V i l l e r s du 12 Fevrier vient de confirmer de nouveau d'une manière irresistible) loin que cette pénurie puisse me rassurer, elle m'effraye pour la tranquillité de l'Europe entiére. Un gouvernement qui a des soldats et qui manque d'argent - n'est-il pas par cela-même l'ennemi né de chaque partie du monde, où il peut espérer de trouver quelques écus ? Quelle perspective ! Et comme les événemens de chaque jour légitiment les craintes de ceux qui savent apprécier la véritable situation des affaires politiques ! Sans doute, un [xxx] gouvernement bâtu sur une base aussi monstrueuse ne durera pas: sa déstruction est inévitable, mais peut-on calculer l'immensité des maux dont il comblera l'humanité, avant que cette destruction s'accomplisse ? Après avoir fait l'essai de continuer Votre histoire de l'administration des Finances en 1796 jusqu'au mois d'Avril 1797, c'étoit bien mon intention, de la conduire plus loin, et de suivre sans relâche cette Administration mémorable dans tous ses détails. J'avois rassemblé d'assez bons matériaux pour m'acquitter de cette entreprise. Maintenant que Votre ouvrage a paru, j'y renoncerai, et d'autant plus volontiers, que j'aurois été obligé de publier fort tard ce que j'aurois pû composer de ces matériaux. Etant nommé par le Roi actuel à plusieurs commissions extraordinaires très-importantes pour l'administration de nos affaires intérieures, je dois m'abstenir du moins pour les premiers six mois de cette année de tout travail littéraire. Voilà, Monsieur, ce qui me prive aussi du plaisir de traduire Votre // dernier ouvrage, plaisir, que sans cet empêchement majeur, je n'aurois certainement pas cédé à un autre. Si celui qui se charge de cette traduction est un homme digne de la tâche, je m'empresserai de lui communiquer tout ce qui pourroit l'aider dans son travail, et j'ajouterai, si le tems me le permet, quelques notes, pour fortifier, s'il est possible, l'impression que Votre ouvrage devroit produire par-tout, et qu'il produira certainement sur un petit nombre de lecteurs éclairés et raisonnables. Au reste, les exhortations par lesquelles Vous finissez cet ouvrage ne seront pas perdues pour moi: je ne discontinuerai plus des extraits, les notes, les rapprochemens, <enfin> tout ce qui pourra servir un jour à écrire l'histoire de cette république abominable: et, quoiqu'occupé depuis longtems d'un ouvrage de longue haleine sur les prémieres années de la révolution, (ouvrage dont l'exécution pourroit bien à la fin surmonter mes forces) aussitôt que Vous serez resolu de laisser tomber entiérement le fil de Vos travaux (époque qui ne sauroit être trop reculée) je tâcherai de le relever. J'écris cette lettre le jour même où les gazettes nous annoncent l'entrée des François dans la Ville de B e r n e, et les horreurs, qui suivirent de près cet événement déplorable. C'est depuis la paix de Bâle celui qui m'a le plus douloureusement affecté. Aussi il me paroit que tous les autres crimes politiques des François s'evanouissent quand on les compare à la conduite inouie dont ils se sont rendus coupables envers la Suisse. Si un gouvernement paternel, respecté jusqu'à ces jours de délire par l'Europe entiére, si trois cens ans // d'un bonheur presque parfait, si même la plus haute prudence et une neutralité poussée jusqu'au scrupule de la part des gouvernans n'ont pû garantir les habitans de ce pays des horreurs qu'ils éprouvent dans ce moment, quel est le peuple qui puisse se croire à l'abri des principes infernaux de la politique révolutionaire ? Vous n'aviez que trop justement calculé, quand Vous nous annonciez, que la Westphalie cis-rhénane ne tarderoit pas à être attaquée par les exploits de la propagande. Le Courier d'hier nous a apporté la nouvelle d'un soulevement dans le Comté de M a r c k, et de quelques symptômes d'un autre dans la principauté d' O s t f r i s e. Le premier de ces événemens, auquel une querelle très insignifiante a donné naissance, a été jugé assez dangereux pour qu'un regiment entier ait reçû l'ordre de se mettre en marche: le second, quoique moins considerable et étouffé au premier moment, a cela de remarquable, qu'il a été produit par un écrit incendiaire, vomi des frontiéres de la Hollande sur un pays jusqu'ici fort tranquille, et fort heureux sous la domination Prussienne. - En Italie le bouleversement avance avec une rapidité effroyable: sans vouloir être prophéte de malheur, je suis intimément persuadé, que dans moins de six mois, le Roi de Sardaigne, le Grand Duc de Toscane, et le Roi de Naples, - auront regné. Lisbonne sera la proie du Directoire avant la fin de l'été prochain: Les François font tout au monde pour faire pénétrer leur doctrine empoisonnée dans le coeur de la Hongrie et même dans l'empire des Turcs leurs fidéles alliés, par le canal de la Dalmatie et des Isles autrefois Vénitiennes, qu'on a eu // la lâcheté de leur céder. - Et comme on se moquoit partout, comme on crioit à l'exagération, à la déclamation etc. quand Monsieur M a l l e t - D u p a n, et quelques autres hommes plus clairvoyans que leurs contemporains, osoient prédire il y a six ans, "q u e c e t t e r é v o l u t i o n f e r o i t l e t o u r d e l' E u r o p e." Vous vous tromperiez bien cruellement, Monsieur, si Vous fondiez encore la moindre espérance sur la sagesse et l'énergie du gouvernement Prussien. Je prendrai la liberté de Vous parler franchement sur ce sujet: je le dois à un homme qui a si bien mérité de la bonne cause. - Le roi est un prince des meilleures dispositions: il est laborieux, juste, excellent économe, bon et affable envers tout le monde; si dans un moment aussi critique que le moment actuel, il étoit entouré d'hommes capables d'apprécier le danger et de le braver, il feroit peutêtre quelque chose contre l'ennemi commun de tous les gouvernemens, et je crois fermement, que, tout affoibli qu'il doive se sentir du côté des ressources pécuniaires, il p o u r r o i t encore rendre des services à l'humanité. Mais, malheureusement, ce n'est pas là la situation dans laquelle il se trouve. D'abord notre Département des affaires étrangeres est littéralement à genoux devant le Directoire. Si l'Envoyé de France nous ordonnoit de faire sortir de la ville tel ou tel jour toute la garnison de Berlin, on démontreroit au Roi, que les circonstances ne permettoient gueres de s'opposer à la volonté du Citoyen Caillard; et elle sortiroit. De l'autre côté // si on pouvoit sauver la Ville de Londres elle même d'une conflagration universelle, en faisant marcher deux mille hommes d'ici à Hambourg, croyez-moi, Monsieur: ils ne marcheroient pas - Vous ne sauriez vous imaginer toutes les humiliations, grandes et petites, que nous avons essuyées, à l'occasion du projet de republicaniser le Duché de Gueldres et la Province de Cleves, avant la cession formelle, qui ne pouvoit se faire qu'à Rastadt. Eh bien ! les François ont organisé (ce qui veut dire, d é s o r g a n i s é) ces provinces, malgré les protestations les plus vigoureuses des Administrations locales, ces protestations ne trouvant jamais le moindre appui dans le Ministére - Il y auroit un livre à faire de toutes ces abominations. La masse des habitans de ce pays <se divise>, par rapport aux principes politiques, en deux sections très-inégales. La grande, la très-grande majorité est dans une indifférence, dans une apathie absolue, même pour la plûpart, dans une ignorance grossiére, relativement aux affaires étrangeres; elle ne soupçonne pas même le danger qui nous menace. Il faut ranger dans cette classe - je le dis avec douleur, mais Vous en croirez un homme qui a eu l'occasion d'étudier ses compatriotes dans tous les rangs: - presque tous nos grands Fonctionnaires publics, les Ministres d'Etat, et les Conseillers Supérieurs des Departements des Finances, de la justice, de la guerre, de tous ceux en un môt, qui ne sont pas obligés de s'occuper immédiatement de la politique; il faut y mettre ensuite une majorité immense de notre noblesse, et à peu près tous les Généraux et Officiers de l'Armée. En voilà pour // la prémiere classe, et la plus nombreuse. L'autre qui se compose du petit nombre d'hommes, qui lisent, qui pensent, qui suivent les événemens, est encore divisée très-inégalement. La majorité la plus décidée de cette classe tient aux principes révolutionnaires. Malheureusement presque tous les hommes de lettres sont attaqués de cette maladie; elle est même très-naturelle dans un pays, où la philosophie purement spéculative a fait des progrès vraiment admirables, (progrès dont les étrangers de tous les pays ne se doutent guéres) et où en même tems la connoissance practique des hommes, et sur-tout la science des gouvernemens a été prodigieusement négligée. Vous pouvez toujours compter de trouver parmi 10 hommes de lettres en Allemagne [xxx], 9 révolutionnaires; et parmi ces derniers, 4 ou cinq revolutionnaires enragés. Vous ne sauriez croire, Monsieur, dans quelle position étrange, et quelquefois très critique cet état des choses me jette moi même. Comme ceux qui sont, (ou qui doivent du moins être) dans les bons principes, ne savent rien, ne lisent rien, ne s'inquiètent de rien, et comme ceux, qui prennent quelque part aux événemens, sont presque tous d'un systême bien opposé au mien, je suis ici, pour ainsi dire, seul de mon parti: et il manque très peu, que je ne me trouvasse réduit à mes méditations solitaires, aux livres, et aux gazettes. J'attends, en tremblant l'issue des préparatifs pour la descente en Angleterre. C'est-là le dernier coup, celui qui décidera du sort de la société civilisée. Si ce coup manque, je crois, qu'il en résultera trois effets bien précieux, 1, que la stabilité de la forme du gouvernement d'Angleterre sera assurée pour un demi-siécle; bienfait pour // l'humanité, auquel à mon avis nul autre n'est comparable dans les circonstances actuelles; 2, que la France perdra, même aux yeux des plus passionnés de ces admirateurs, q u e l q u e c h o s e de sa considération, 3, que le désordre des Finances montera au point, d'amener une nouvelle crise, et par cela même quelque chance favorable aux intèrets de ceux qui detestent le gouvernement prétendu-republicain de ce pays si malheureux au milieu de ses triomphes. - Mais, si cette entreprise atroce pouvoit réussir - si, comme l'a dit Lord M o r n i n g t o n dans ses beaux vers qu'il a légués à l'Angleterre, en allant prendre le gouvernement des Indes, versis victoria fatis Annuerit s c e l u s e x t r e m u m, terrâque subactâ Impius oceani imperium foedaverit hostis, alors - mais l'imagination succombe à l'idée de cet abyme de malheurs. Je m'apperçois à la fin, que cette lettre s'est prolongée d'une maniére un peu indiscrète. Pardonnez, Monsieur, si j'ai abusé de Votre bonté. Je n'aurois pas eu le courage de Vous dire plusieurs choses que Vous trouverez dans cette lettre, si elle ne Vous étoit pas transmise par la voie sûre de l'Ambassade Angloise; et j'ai voulu profiter de l'occasion. Si la franchise, avec laquelle je Vous ai parlé ne vous a pas déplû, veuillez bien, m'en informer par quelques lignes. Vous ne sauriez croire à quel point m'interessera tout ce qui me viendra de Vous. Agréez l'assurance de la haute considération, avec laquelle j'ai l'honneur d'être, Monsieur Votre trés-humble et très-dévoué serviteur Gentz Auf Bl. 5v folgender Vermerk (vielleicht von der Hand d'Ivernois): Mr Gentz Berlin 20 mars 98. repd H: Bibliothèque publique et universitaire, Genf. Département des manuscrits, Ms. suppl. 976, Bl. 135-139. 5 Bl., F: 252mm x 203mm; 9 eighd. beschr. Seiten. D: Karmin, Otto: Lettres inédites de Frédéric Gentz, Nr. I, 6-13.