These titles were already interesting to you:

Gentz ; Grenville, William Wyndham Lord
An William Wyndham Lord Grenville, Dresden, 18./19. September 1806, British Library, London. Manuscripts Department, Grenville-Papers, Add. 71591 1806

Gentz digital

Transkriptionsentwurf Günter Herterich

id2605
Issuer of letter
Mashup mit Wikipedia  
Gentz
Addressee of letter
Grenville, William Wyndham Lord
LocationDresden
Date18./19. September 1806
Handwritten recordBritish Library, London. Manuscripts Department, Grenville-Papers, Add. 71591
Size/Extent of item8 Bl., F: 221mm x 185mm; 14 beschr. Seiten von Schreiberhand
Places of printHistorical Manuscripts Commission (Hrsg.): Report on the Manuscripts of J. B. Fortescue, preserved at Dropmore, Vol. IX, London 1915, 463-471
IncipitJ'ai déjà eu l'honneur d'exposer
Type of letterBriefe von Gentz
Digital item: TextAn William Wyndham Lord Grenville Dresden, 18./19. September 1806 Dresde le 18. Septembre. J'ai déjà eu l'honneur d'exposer à Votre Excellence quelques-unes des raisons qui m'engagoient à croire, que le Cabinet de Berlin s'étoit trop avancé cette fois-ci, pour reculer autrement, que par quelque perfidie secrète de ceux, qui dirigent les affaires, ou bien par quelque démarche rétrograde bien décidée, de la part de la France. Cette opinion s'affermit chaque jour, et chaque jour aussi diminue la probabilité de l'une et de l'autre des deux seules chances en-faveur du systême pacifique. Quant aux chefs du Cabinet de Berlin, il est indubitablement sûr, qu'ils n'auroient jamais pris le parti, que nous les avons vu prendre, s'il n'y avoient pas été forcés par la révolution qui s'étoit opérée dans l'opinion de toute la Monarchie Prussienne. Cette révolution s'étoit annoncée d'une manière vraiment effrayante. Depuis plusieurs mois le Roi étoit chaque jour assiégé par des réprésentations et des mémoires, de la part de ce qu'il y avoit de plus éclairé et de plus estimable autour de lui. Dans toutes ces pièces la première et la dernière proposition étoit toujours de renvoyer les deux Sécrétaires du Cabinet, et le Comte de Haugwitz. J'en ai vu et lu une quantité, dans lesquelles la nécessité de ce changement étoit réprésenté avec une force prodigieuse, quelque fois dans les expressions presque menaçantes. On y recapituloit tout ce que ce Cabinet avoit fait depuis huit ans pour déshonorer la Prusse, et pour ruiner l'Europe; la conduite, qu'il a tenue en 1799, ou il auroit dépendu de la Prusse, de délivrer la Hollande du joug Français, et de sauver la rive gauche du Rhin; en 1800, et 1801, où Sa Majesté l'Empereur auroit été sauvée du malheur de signer une paix funeste, si la Prusse avoit voulu se mettre en-avant; // en 1802, où on accuse les Conseillers du Roi d'avoir achevé la déstruction de l'Empire par l'appui qu'ils ont prété à la France dans l'affaire des indemnités; en 1803, ou ils ont lâchement consenti à l'occupation de l'Electorat de Hanovre; enfin, en 1805 et 1806, ou en abandonnant d'une manière scandaleuse les intérèts de la maison d'Autriche, ils ont conduit l'Europe au bord du dernier abime, et, pour empècher ensuite, que la Prusse y fut engloutie avec le reste, ont eu recours aux mesures les plus désespérées et les plus honteuses, en s'emparant des possessions du Roi d'Angleterre, en vendant les leurs, en signant des traités d'amitié et presque d'alliance avec l'ennemi commun ppp.Voila, Monsieur le Comte, le sens, dans lequel étoient rédigés tous les mémoires qu'on présentoit au Roi; voila antr'autres le sens de celui qui lui fut remis le 2 Septembre signés par les deux Princes ses frères, par les deux Princes fils du Prince Ferdinand, par le Prince d'Orange et son épouse. Mais ce n'étoit pas là encore les seules démarches auxquelles on se borna. Le Comte Haugwitz et les deux Conseillers du Cabinet reçurent continuellement des avis secrets, mais dont ils connoissoient la source, portant, que s'ils ne se déterminoient pas à céder leurs places, et à réparer par là le mal affreux, qu'ils avoient fait, on ne s'en tiendroit plus aux réprésentations, et que la honte de la Prusse pourroit être finalement lavée dans leur sang ! Ces tentatives, qui se reproduisirent sans interruption, n'ont pas, à la vérité, atteint le but, que ceux qui les imaginoient, s'étoient proprement proposé. Elles n'ont point culbuté le Cabinet; et il est même très-douteux, si, sous certains points-de-vue il eut été désirable qu'elles réusissent. Si le Roi avoit directement cédé à ces instances, à ces menaces, il auroit gra//vement compromis son autorité; et, quelques bonnes que pussent être les intentions, qui avoient dicté ces démarches téméraires, on auroit pu, en cas-de-succès, en faire l'instrument des entreprises les plus pernicieuses. Plusieurs de ces projets paroissent même avoir été formés avec une imprudence frappante, et il ne me sera pas bien difficile de convaincre Votre Excellence, que notamment tous ceux auxquels le Prince Louis a participé, de trouvent dans cette catégorie. Son esprit et ses talens sont connus; ses principes et ses intentions sont aujourd'hui tout ce qu'il y a de plus noble et de plus élevé; il est considéré par tous ceux, qui s'intéressent au bien-public, comme le Chef du bon parti, et comme un des hommes les plus précieux pour l'affranchissement et pour le rétablissement de l'Allemagne. Mais sa chaleur, sa précipitation, quelquefois sa légereté l'ont entrainé au-delà du but; et au-lieu de renverser un parti, justement odieux, il l'a plutôt fortifié, puisqu'il a fait craindre au Roi, qu'en se soumettant cette-fois-ci aux demandes qu'on lui faisoit, il pourroit bien arriver à un point, où il ne seroit plus le maitre de rien refuser. Cette réflexion, très-naturelle, et au-fond très-vraie, a été soigneusement mise en-avant par les Chefs du Cabinet eux-mêmes. - Ils l'ont mème employée en dernier-lieu pour se procurer de nouveaux-Alliés, et il est certain, qu'ils ont réussi à détacher complêtement la Reine de ses liaisons avec leurs adversaires. Dans une conférence du plusieurs heures Monsieur de Haugwitz a réprésenté à la Reine, toute l'étendue du danger auquel le Roi se trouvoit exposé aujourd'hui; il l'a pressée, il l'a conjurée, de ne pas augmenter ce danger, en s'associant aux projets // de l'opposition; et en lui fesant sa profession-de-foi, en lui jurant, que désormais il ne cesseroit plus d'agir d'après les principes les plus honorables, et les plus conformes à l'intérèt général de l'Europe, il a fait sa paix avec Elle. Immédiatement après il a proposé au Roi, d'admettre la Reine à tous les conseils qu'ils se tiendroient sur les grandes affaires du moment. La Reine a déclaré elle-même à plusieurs Princes et Princesses de la maison , qu'Elle ne vouloit plus prendre part a rien, qui put compromettre l'autorité du Roi, et Elle a dit à Monsieur le Prince de Hohenlohe le jour qu'il est parti de Berlin, "que, quoique bien persuadée que le Comte Haugwitz n'avoit mérité la confiance de personne par sa conduite passée, Elle jugeoit sa conservation nécessaire dans les circonstances présentes, et étoit intimement convainçue, qu'il ne s'éloigneroit plus de la bonne-route." Quelques jours après ces évènemens Monsieur de Hardenberg est arrivé à Berlin; il a fait l'impossible pour voir le Roi ou la Reine; mais il a été refusé par tout, et on lui a fait dire, qu'il n'avoit qu'à communiquer au Comte Haugwitz tout ce qu'il pouvoit avoir à observer ou à proposer. Mais quoique le coup principal ait manqué, il n'en est pas moins sûr, que tous ces mouvemens ont produit un très grand et très salutaire effet. Le triumvirat du Cabinet a compris sa situation, il a vu, que le tems des tergiversations, des menées sourdes, et des mesures équivoques étoit passé; que, s'il ne changeoit pas de systême et de conduite, il lui étoit impossible de se soutenir, et qu'au premier malheur qui arriveroit, l'in//signation publique, dirigée par des Chefs redoutables, se tourneroit toute entière contre lui, et lui feroit payer bien-cher le crédit dont il avoit joui jusqu'ici. Ce sont ces réflexions-là bien plus que les évènemens politiques par eux-mêmes, bien plus que les avis de Monsieur de Lucchesini, les propositions faites à l'Electeur de Hesse, les confidences du Roi de Würtemberg, et une quantité d'avertissemens particuliers, arrivés en même-tems à la Cour de Berlin, qui ont amené le changement de systême; et c'est la peur, peut-être aussi un dernier reste d'espoir de se relever dans l'opinion, qui soutiendra ce changement. Votre Excellence connoit le Comte Haugwitz. Un petit amour-propre et un grand fond de paresse, sont les bases de son caractère. Il n'a jamais été attaché au systême Français, ni par principe (il n'en a aucun) ni par conviction de sa bonté, ni par corruption (il ne se soucie pas d'argent) ni même par gout, puisqu'il a plutôt ambitionné d'être envisagé comme un homme bien-pensant. De fausses mésures, et un manque d'élévation et de force, pour juger à-tems les effets de ce systême funeste, l'ont entrainé dans une route, dont il a plus d'une-fois senti lui-même des dangers et les écueils. Mais une-fois entrainé, il a vu qu'en convenant de ses erreurs, il donnoit gain-de-cause à ses adversaires; et son amour-propre l'a retenu. Son aversion pour le travail, son horreur pour tout ce qui exige des efforts soutenus, son penchant pour le repos et les amusemens obscurs, enfin, l'idée de plaire au Roi, en flattant le malheureux gout de ce Prince pour les partis foibles et timides, ont fait le reste. Il // s'apperçoit, peut-être trop tard, de l'abime qu'il a creusé sous ses pas, il s'apperçoit, que toutes ses bassesses et tous ses petits moyens, n'ont fait que reculer le moment décisif, et que son prétendu systême est dévenu l'horreur ou la risée de l'Europe. Je suis loin de croire, qu'un homme comme lui, puisse être radicalement converti; je le regarderai toujours comme le plus grand des obstacles dans tous les projets de rétablissement et de salut; il ne peut,et il ne doit jamais inspirer une véritable confiance à ceux qui agiront de-concert avec la Prusse; et aucun moyen sage et discret pour le faire disparoitre de la scène, ne doit être négligé. Mais ce que j'ai l'honneur d'exposer ici, expliquera du-moins, comment ce même homme a pu participer aux démarches vigoureuses, que la Cour de Berlin a faites depuis un mois, et comment il a pu être dans un certain sens l'auteur et l'instrument de ces démarches. J'ai lieu de croire, que Votre Excellence a été directement instruite des dernières déclarations de la Prusse, et des instructions, qui ont été données à Monsieur de Knobelsdorff. Si les avis, que j'avois pris la liberté d'en présenter à Votre Excellence ont precédé cette communication, celle-ci L'aura convaincue, que je n'avois pas exagéré. Il y a encore une circonstance particulière, dont je ne sais pas, si elle est venue à Sa connoissance, c'est, que le dernier article des instructions de Monsieur de Knobelsdorff, celui, où ul est dit, que toute tentative qui pourroit être faite, pour menacer de-nouveau la maison d'Autriche, seroit ressentie par la Prusse comme ayant été faite contr'elle-même, a été ajouté par le Roi en // personne, et écrit de sa propre main. Lorsque Monsieur de Goetzen est parti de Berlin la dernière fois, pour communiquer ces instructions à la Cour de Dresde, et négocier avec elle, il a demandé au Roi (avec lequel il a été élevé, et qui lui accorde une confiance particulière) "si, outre ces instructions, Monsieur de Knobelsdorff en avoit encore de secrètes", ajoutant, que ce n'étoit que sous la condition, que rien de pareil n'existat, qu'il s'engageoit à obtenir dans trois jours le consentement de l'Electeur de Saxe; le Roi lui a répondu, que Knobelsdorff n'étoit chargé que de ce qu'il connoissoit, et que rien au-monde ne l'engageroit à la moindre modification. Je sais bien, qu'en dépit de cette assurance, les Chefs du Cabinet ont pu faire, et à l'insu même du Roi, des démarches secrètes en sens contraire, et je ne suis rien moins que guéri des soupçons, que j'ai développés là-dessus, dans ma lettre du 12, et que tout ce que j'ai pu apprendre de la conduite et des propos de Monsieur Laforêt ont plutôt renforcés que diminués. Mais le cas est dévenu si critique et si périlleux, qu'à-moins de quelque révolution extraordinaire dans la façon de penser et d'agir de Bonaparte, ceux qui se seroient servi de ces moyens, en seroient probablement pour la honte de les avoir employés. Leurs mesures publiques, leurs déclarations, leurs protestations, leurs engagemens sont tous dans le sens opposé; et ce qui est arrivé à Monsieur le Prince de Hohenlohe, en fournira à Votre Excellence une preuve remarquable. Lorsque le Prince de Hohenlohe est arrivé ici, il a trouvé une invitation de se rendre à Berlin. Il a d'abord décliné le voyage; une invitation plus pressante l'a obligé // de partir. Arrivé à Berlin, il a eu avec le Roi, en présence de la Reine, une longue conversation, dans laquelle il a dit tout ce qu'il pensoit sur Monsieur de Haugwitz et ses coopérateurs, et sur l'impossibilité de compter sur aucune autre puissance, tant que ces hommes seroient en-place. Le Roi lui a expliqué, pourquoi il ne pouvoit pas se rendre à ses argumens, soutenant, que ces hommes étoient jugés avec trop de sévérité, et que pour-à-présent il n'y avoit plus aucun reproche à leur faire. Après cela Monsieur de Haugwitz a eu ordre de communiquer au Prince de Hohenlohe toute la suite de ses négociations et correspondances avec le Gouvernement Français depuis le mois de Décembre dernier; le Prince a employé plusieurs jours à étudier ces pièces; il y a vu parfaitement, comment l'opinion du Roi sur la loyauté de la conduite du Comte Haugwitz a pu se soutenir jusqu'ici; il y a trouvé une très grande adresse à donner à toutes les mesures un air de nécessité absolue, et à en jetter toujours sur les autres, la faute ou la responsabilité; mais il y a trouvé aussi, puisqu'il faut être juste envers tout-le-monde, des choses, qui prouvoient, que le Comte Haugwitz se doutoit depuis long-tems de l'impossibilité de suivre son systême, et qu'il avoit déclaré plus d'une-fois, que la paix avec Bonaparte étoit une chimère. - Après avoir fini ce travail, le Prince a été appelé à un conseil chez le Roi, ou le Comte Haugwitz, pour lui donner une espèce de garantie formelle de sa conduite, a présenté un avis, écrit et signé de sa main, par lequel il a déclaré, "que les instructions remises au Général Knobelsdorff se//roient la base de toutes les démarches futures du Cabinet, qu'on ne s'en écarteroit dans aucun point, et sous aucune condition, e t q u e l e R o i s e r e g a r d o i t d è s -à - p r é s e n t c o m m e e n - é t a t - d e - g u e r r e a v e c l a F r a n c e." C'est après ce conseil, et muni de ces assurances positives que le Prince de Hohenlohe est retourné à Dresde. Tous ces détails m'ont été communiqués et certifiés par lui-même; et tout en avouant, qu'il partageoit mon opinion sur le Comte Haugwitz, il m'a déclaré, qu'il croyoit désormais toute rétractation ou tergiversation impossible. Il y a ajouté une circonstance, qui m'a paru particulièrement intéressante; que, dans le cas, que les Français tenlassent la moindre chose contre les possessions de Sa Majesté l'Empereur, il avoit l'ordre positif du Roi prendre sur-le-champ les mesures nécessaires pour agir contr'eux; et il m'a même pleinement autorisé à faire de cette circonstance tel usage qui me paroitroit convenable. En refléchissant sur ces communications, en voyant des hommes aussi solides et aussi respectables, parfaitement convainçus de la réalité des démarches actuelles, en pensant, combien il seroit difficile et mème dangereux pour les Ministres de tromper cette-fois-ci l'attente publique, et de se jouer de la bonne-foi des principaux Chefs de l'Armée; en combinant de plus une quantité de données accessoires - les déclarations réiterées, inserées dans les gazettes, "que le Roi ne cédéra plus un seul village de son territoire" - la paix avec la Suède à une condition qui compromet une partie essentielle de l'ancien système de la Cour de Berlin, - les démarches faites envers l'An//gleterre, en levant tous les obstacles à l'entrée des ports de l'Elbe et du Weser, et en envoyant Monsieur de Jacobi à Hambourg, pour être prèt à se rendre en Angleterre - il est certain, que les probabilités les plus puissantes se réunissent en-faveur de la guerre, et d'un systême d'énergie et de fermeté; et il n'en faut pas moins qu'une méfiance sans bornes; comme celle qu'inspire malheureusement le Cabinet de Berlin, pour se livrer encore aux doutes et aux soupçons. Aussi, en me plaçant dans l'hypothèse, que je fusse aujourd'hui obligé à me déterminer à un parti quelconque fondé sur la conduite probable de la Prusse, je prendrois celui de la confiance, puisque les argumens les plus raisonnables sont de ce côté-là; mais je le prendrois en tremblant, et préparé chaque instant à la nouvelle de quelque récidive funeste, de quelque grande et horrible contrariété. Aucune donnée positive n'est arrivée ici jusqu'à-présent; pour former des conjectures solides sur les résolutions du Gouvernement Français. Avant-hier un courier du Duc de Brunsvic annonça au Prince de Hohenlohe, que d'après les avis du Général Blücher la guerre seroit déclarée incessament; hier un autre courier du Duc apporta (probablement sur la même autorité) le bruit, que le camp de Jeyst se formoit de nouveau, et que les hostilités prochaines contre la Prusse étoient déjà annoncées à l'armée Française en Hollande. Mais aucune de ces nouvelles ne s'est confirmée. Ce matin on apprit de Berlin que d'après un courier arrivé de Paris, Monsieur de Knobelsdorff n'avoit été admis à aucune // audience ou confèrence jusqu'au 6. Ce soir les feuilles publiques annoncent, qu'il a été présenté à Bonaparte le 7. Il me paroit peu vraisemblable que jusqu'au 16, on n'ait encore eu à Berlin aucun renseignement ultérieur sur une mission d'aussi haute importance que celle de Monsieur de Knobelsdorff; ce silence, ou cette dissimulation ne me paroissent pas d'un très bon-augure. Au-reste non-seulement Monsieur de Haugwitz, mais le Roi lui-même a dit à plusieurs personnes, qu'on n'avoit choisi Monsieur de Knobelsdorff que pour gagner du tems, et que son incapacité connue étoit la meilleure preuve de l'intention invariable du Cabinet, de n'entrer dans aucune négociation. En-attendant les mesures militaires continuent à s'exécuter avec une vigueur et une rapidité extrême. Les avant-postes de l'armée du Duc de Brunswic sont arrivés à Naumbourg le 15, aujourd'hui ils doivent déjà avoir passé Erfurt, pour se porter sur Rudelstadt pp. L'armée du Prince Hohenlohe est sur la rive gauche de l'Elbe; les troupes Saxonnes se forment de toutes parts; l'Electeur de Saxe est à-la-fin complètement persuadé de la sincérité des intentions de la Prusse. Le Duc de Brunswic, dont la vie entière ne paroit être qu'un passage perpétuel d'un principe et d'une opinion à l'autre, a de-nouveau embrassé le parti des mesures énergiques avec une ardeur, qu'on ne lui avoit jamais connue. Il a voté pour l'offensive, et on m'assure qu'il a tout-à-fait entrainé le Roi, malgré sa repugnance pour un systême, qui dans les circonstances données est cependant le seul raisonnable. L'armée de Bernadotte n'a fait jusqu'ici aucun mouvement positif. // Les Généraux Prussiens croient toujours encore que la première opération des Français sera d'entrer en Bohème. Mais je ne suis point converti à cette opinion; et tout en applaudissant au projet d'une armée d'observation que d'après les nouvelles, arrivées ici, Sa Majesté l'Empereur fait rassembler dans les environs de Tabor, je ne puis absolument pas imaginer,que Bonaparte provoqueroit l'Autriche de-propos délibéré dans un moment, où tout le Nord de l'Allemagne est armé contre lui. L'armée Prussienne est animée du meilleur esprit possible. Parmi cette quantité de Généraux et d'Officiers que je vois chaque jour chez Monseigneur le Prince Louis, je n'en ai pas rencontré un seul, qui ne palisse au moindre soupçon, que la guerre pourroit ne pas éclater. Ils n'en sentent pas moins la gravité de la tâche, qui les attend, et l'intrepidité avec laquelle ils s'y préparent n'a aucune teinte d'aveuglement ou de jactance. Madame la Princesse de Solms, soeur de la Reine de Prusse a fait ici un sejour d'une semaine; elle part demain pour Berlin. Elle m'a honoré de plusieurs coversations très remarquables, qui m'ont bien convainçu, que la Reine, en faisant sa paix avec Monsieur de Haugwitz, l'a cru absolument et irrévocablement prononcé pour les meilleurs principes, mais qui m'ont prouvé en même-tems, combien on doit regretter qu'Elle ait pris la résolution de renforcer le parti de ce Ministre. Comme la Princesse de Solms ignore encore, à l'heure qu'il est, le changement qui a eu lieu à cet égard, et que je me suis bien gardé de Lui // annoncer, Elle s'est exprimée sur l'état actuel des choses avec la plus grande franchise; et j'aurois appris par ses conversations, si je ne l'avois pas su d'avance, que le Roi et ses trois conseillers confidentiels, s'ils vouloient cette fois-ci marcher dans un sens contraire à celui qu'on leur suppose aujourd'hui, seroient certainement seuls de leur côté dans toute la Monarchie Prussienne. Du 19. Septembre. Monsieur de Brokhausen, revenu à son poste, a porté à l'Electeur une lettre du Roi de Prusse, dans laquelle le Roi temoigne sa reconnoissance à l'Electeur de l'empressement qu'il a "montré à seconder les armemens de la Prusse. Il ajoute, que n'ayant d'autre but, que de faire cesser les maux qui affligent l'Allemagne, il ne fermera pas son oreille à ces propositions pacifiques tendantes au même but; mais que, l'évacuation entière de l'Allemagne par les troupes Françaises, étant la seule condition, sous laquelle il seroit possible de lui restituer son ancienne indépendance, le Roi regardoit une guerre prochaine comme inévitable." Monsieur de Brokhausen assure, que le Roi est pleinement convaincu, que la f é d é r a t i o n d u R h i n est incompatible avec le repos et la sureté de l'Allemagne. - Le même auteur prétend, que depuis peu de jours le crédit de Monsieur de Haugwitz avoit été de nouveau à-la-baisse, qu'il avoit annoncé sa démission; qu'il avoit encore une-fois proposé Monsieur de Hardenberg pp. Ces nouvelles sont d'abord équivoques, puisque Monsieur de Brokhausen personnellement enragé contre le Comte Haugwitz peut très bien confondre ses voeux avec ses espérances; et elles seroient même vraies à un // certain point, que rien au-monde n'y seroit gagné. Il est malheureusement certain, que Monsieur de Hardenberg ne p e u t pas diriger les affaires dans une crise comme celle-ci; l'histoire de l'année dernière et des trois premiers mois de cette année-ci l'a prouvé jusqu'à l'évidence complête. Ce seroit donc toujours Monsieur de Haugwitz qui règneroit sous son nom, et qui attendroit le premier embarras notable, pour reparoitre avec un nouvel éclat. La nomination de Monsieur de Hardenberg n'équivaudroit à un changement réel, qu'autant qu'elle seroit precédée ou suivie du renvoi des trois Chefs du Cabinet à une distance d'au-moins cinquante lieues d'Allemagne de la Capitale; dans ce cas-là elle seroit une mesure d é c i s i v e; mais vû le caractère de l'homme, et la mesure de sa capacité, elle n'en seroit pas moins une mesure i n s u f f i s a n t e. Les derniers avis du Comte Tauenzien du 17, portent, que les Français rassemblent à Bamberg un corps de 40,000 hommes, dont les Généraux ont des Ordres cachetés, qui devoient être ouverts le 16. Ce qui se passe dans le Haut-Palatinat est caché avec tant de soin, que le Comte Tauenzien ne pouvoit rien pénétrer depuis plusieurs jours.Le Comte de Goetzen a reçu ce matin une lettre, par laquelle on lui annonce, que le Roi a le projet de l'envoyer à Vienne avec une commission extraordinaire. - Si cela se réalise, j'ose prevenir Votre Excellence que jamais un meilleur choix ne pouvoit être fait dans une occasion pareille. H: British Library, London. Manuscripts Department, Grenville-Papers, Add. 71591, Bl. 8 Bl., F: 221mm x 185mm; 14 beschr. Seiten von Schreiberhand. D: Historical Manuscripts Commission (Hg.): Report on the Manuscripts of J. B. Fortescue, preserved at Dropmore, Vol. IX.