Diese Titel interessierten Sie bereits:

Gentz ; Vansittart, Nicholas
An Nicholas Vansittart, Dresden, 22./23. Februar 1806, Universitäts- und Stadtbibliothek Köln. Gentz-Nachlass Günter Herterich I, Nr. 9 1806

Gentz digital

Transkriptionsentwurf Günter Herterich

id2383
Briefaussteller
Mashup mit Wikipedia  
Gentz
Briefempfänger
Vansittart, Nicholas
AusstellungsortDresden
Datum22./23. Februar 1806
Handschriftl. ÜberlieferungUniversitäts- und Stadtbibliothek Köln. Gentz-Nachlass Günter Herterich I, Nr. 9
Format/Umfang10 Bl., F: 218mm x 182mm; 20 eighd. beschr. Seiten
IncipitLorsqu'en écrivant à Monsieur Hammond
BrieftypBriefe von Gentz
Digitalisat: TextAn Nicholas Vansittart Dresden, 22./23. Februar 1806 Dresde Ce 22 Fevrier. 1806. Monsieur ! Lorsqu'en écrivant à Monsieur Hammond, peu de jours après avoir reçu la nouvelle de la mort de Monsieur Pitt, je le priai de me rappeller à Votre souvenir, et l'assurai que l'espoir de Vous voir rentrer dans les affaires, étoit la perspective la plus agréable, que put m'offrir ce moment de crise et d'incertitude, je ne [me] pouvois pas me flatter, que dès le lendemain j'acquierrois la certitude de ce que j'avois tant désiré. Sie je pouvois Vous exprimer ce que je sens en commençant cette lettre, Vous comprendriez le plaisir que cet évènement me fait. Car autre-chose est de parler sur tout ce qu'il y a de plus intéressant en affaires publiques ou privées, à celui qui, tout en nous traitant avec la plus grande obligeance, n'est cependant pour nous qu'un Inconnu, à qui nous parlons comme à un Intermédiaire officiel; et autre-chose est de s'adresser à un homme, qui nous connoit, qui nous estime, qui nous aime, // qui nous a pénétrés de tout ce que l'attachement personnel, l'habitude de s'entendre, la reconnoissance, la confiance, ont de plus réel, de plus animé, de plus sensible, et de plus doux. Le sentiment, que j'éprouve aujourd'hui, est d'autant plus profond, que je me rapporte de Vous dans une des époques les plus critiques et probablement les plus décisives sous tous les rapports, sous lesquels la vie puisse m'intéresser; dans une époque, où mon ame est singulièrement agitée par des malheurs passés et par l'incertitude de l'avenir; dans une époque, où un seul mot d'encouragement, d'un homme tel que Vous, seroit un rayon de lumière, éclairant d'épaisses ténèbres; où enfin je suis moi-même en proie aux doutes et aux inquiétudes, ne sâchant pas trop, sie je dois regarder ma carrière comme finie, et aller mourir tranquillement dans quelque coin reculé de la terre, ou nourrir encore l'espoir de contribuer à une résurrection, qui dévient de-jour-en-jour plus difficile et moins vraisemblable. Je me bornerai aujourd'hui à Vous parler de ma propre position; et je ne Vous parlerai d'objets // plus graves qu'autant que ma destinée présente et future peut en être affectée. Mon existence est au-fond tellement amalgamée avec les plus grands intérèts publics, (je puis le dire, en m'adressant à Vous, sans ceaindre de ne pas être compris) que ce qui regarde mes occupations, mes sollicitudes, et mes projets, ne peut jamais être tout-à-fait indifférent sous des points-de-vue d'une importance générale. Car tant qu'il y aura une cause, digne d'être plaidée et défendue, je ne cesserai d'y vouer mes efforts; et ma retraite absolue seroit un des symptômes les plus infaillibles de l'impossibilité finalement reconnue d'un changement heureux dans les affaires humaines. Je Vous confierai d'abord, en peu-de-mots, et avec toute la discrétion qu'exige un objet aussi grand et aussi délicats, quels sont les sentimens que j'eprouve à la suite de la grande révolution qui vient de s'opérer dans l'administration de Votre pays. D'un côté, tout en [se] appréciant à sa juste valeur la perte que nous venons defaire par la mort de Monsieur Pitt, je me réjoins sans réserve de voir un gouvernement foible, mal-assis, mal-composé, // soutenu par aucun talent distingué, excepté le sien, évidemment au-dessous de la tâche colossale que les circonstances lui imposoient, passablement discrédité dans le reste de l'Europe, et menaçant ruine chaque jour, de voir ce gouvernement-là (et je l'air jugé tel dans chaque moment se son existence) remplacé par la plus rare réunion de forces et de talens qui ait paru depuis un semi-siècle sur l'horizon de l'Europe. Ce n'est pas peu de chose que de savoir avec une certitude complète, que tout ce que ce Ministère entreprendra, sera fortement conçu, et fortement exécuté; et que, si même le systême qu'il adoptera, n'étoit pas celui pour lequel je me serois décidé, il trouvera les moyens de le combiner avec la sureté, avec la prospérité, et avec la gloire de l'Angleterre. Cette conviction, cette petspective brillante, me consoleroit encore dans la supposition la plus pénible à laquelle je puisse me livrer, dans celle, où les principes d'après lesquels Vous traiterez les grands problêmes de nos jours, seroient directement contraires aux miens, et m'excluroient du bonheur de coopérer de loin à Vos travaux. // D'un autre côté Vous dévinerez aisement, quelle doit être la nature et la direction des craintes qui m'assiègent. Je n'ai pas oublié, combien de fois Vous avez eu la bonté de vouloir m'éclairer et me rassurer sur l'objet de ces mêmes craintes, dans une époque, où il ne s'agissoit que des chances possibles d'un avenir lointain; et chaque mot que Vous m'avez dit alors, se réprésente aujourd'hui à mon esprit pour combattre mes alarmes. Mais Vous savez aussi combien il doit être difficile à un homme, dont les principes politiques se sont une-fois fixés et affermis par une application continuelle aux phénomènes qui l'entourent, et par mille expérience instructives, de se dégager tout-à-coup d'une manière de voir et de sentir qui est dévenue le principe dominant et la loi suprême de son existence; et Vous sentirez par-conséquent que je puis avoir le besoin d'être guidé, rélevé, et encouragé par quelqu'un dont je reconnois l'autorité, et dont les principes fondamentaux ne peuvent jamais s'écarter de ceux que je ne saurois quitter qu'avec la vie. Le premier bienfait donc que je Vous demande dans cette époque mémorable, et le plus grand, que Vous puissiez jamais me conférer, c'est de me communiquer en peu de mots V o t r e opinion // sur m e s inquiétudes, de me dire, si Vous êtes content, si Vous croyez, que je puisse l'être aussi, et si Vous envisagez l'avenir avec un certain dégré de confiance et de sécurité. Incapable de juger moi-même d'après des données sures et positives, qui me manquent plus que jamais, et par-consequent réduit à voir les hommes et les choses à-travers le voile d'anciennes opinions et d'anciennes préventions, je me soumettrai, pour mon propre satisfaction, aux vues que Vous voudrez bien m'indiquer. Si elles sont rassurantes, Vous ne pourrez pas même balancer de m'en faire part; si elles le sont moins, je Vous donne ma parole d'honneur, que ce ne sera qu'à moi tout seul que Vous les aurez confiées, et que jamais personne ne me soupçonnera d'avoir été instruit par Vous. J'attends Votre réponse à ce point capital avec une impatience que rien au-monde ne sauroit ni égaler, ni xxxxx. Après cela je m'en vais, avec Votre permission, Vous expliquer mon état actuel, et mes projets. // Les malheurs publics m'avoient chassé de Vienne; j'ai suivi la cour et les grands évènemens jusqu'après la bataille d'Austerlitz, époque, où ne voyant plus devant moi que la chûte des mes dernières espérances, je pris le parti de me rendre d'abord à Breslau, et ensuite [dans] en Saxe. J'ai parcouru pendant deux-mois une grande partie du Nord de l'Allemagne; j'ai examiné de près tout ce qui nous y restoit de ressources et de perspectives; je me suis instruit aussi complètement que possible du véritable état des choses dans la Monarchie Prussienne et les pays qui se trouvent liés à son systême. Je crois avoir acquis sur tous ces objets les connoissances les plus exactes qu'il soit possible d'en avoir. Fixé pour quelque tems à Dresde, j'avois l'intention d'adresser à Votre gouvernement uns espèce de rapport-général sur la triste situation des affaires continentales. Mais je Vous l'avouerai franchement: L'indifférence avec laquelle on a reçu depuis un an, tout ce que j'ai écrit sur les plus grands objets d'intérèt public, le peu de cas qu'on a paru faire de mes observations, de mes avis, de mes conseils; la certitude que je croyois avoir acquise, qu'il // n'en seroit jamais autrement avec les Ministres qui ont gouverné jusqu'ici, m'avoit rellement découragé, que j'avois presque renoncé à ce projet. Je me proposai donc de ne rester à Dresde que pour le tems, qu'il me faudroit pour surveiller l'impression de deux ouvrages, dont je Vous parlerai de-suite, et de retourner après-cela à Vienne, avec la perspective désolante de ne plus rien pouvoir faire pour la grande cause de la liberté de l'Europe. Les ouvrages en question étoient, premièrement, cette même "Exposition des causes qui ont amené la guerre entre l'Angleterre et l'Espagne" que j'avois rédigée avec un soin infini des le mois de Mai 1805, [et] mais que je n'ai jamais trouvé le moyen de publier en Allemagne, sans permettre qu'on en retranchât tout ce qui lui donnoit un prix. C'est ici seulement, que, secouru un peu par la fermentation qui règne encore dans cette partie de l'Allemagne, j'ai pu exécuter le projet. [xxx] J'ai envoyé cet ouvrage à Monsieur Herries, qui s'étoit offert pour le traduire en Anglois. Dieu sait, s'il pourra réaliser cette tâche. Je ne le désire pas moins aujourd'hui que je [xxx] l'ai désiré auparavant. Car, intimément convaincu, comme je l'ai toujours été, et comme je le serai // toujours, de la j u s t i c e de cette guerre, et même de sa n é c e s s i t é, l'idée même de voir à-présent dans le Ministère tous ceux qui l'ont désapprouvée, ne peut pas me faire varier dans l'attente de combattre victorieusement les jugemens qui en ont été portés en Europe, et de rendre par-là à l'Angleterre un service des plus essentiels. - Le second ouvrage, que j'ai écrit, paroitra aussi sous peu de semaines, ayant pour titre: "Fragmens de la dernière histoire de l'équilibre politique de l'Europe." Dans celui-ci j'ai traité à-fond la question de l'origine de la guerre funeste, qui vient de finir; il sera précédé d'une préface, dans laquelle je ferai une nouvelle tentative pour réveiller et pour rélever l'opinion publique de l'Allemagne sur l'affreuse situation à laquelle nous nous trouvons réduits. J'ai eu l'honneur de Vous dire, que mon intention étoit, après avoir vu ces deux ouvrages imprimés, de m'en retourner tristement à Vienne; mais tout a changé depuis le moment que j'ai su les derniers évènemens de Londres. Quelque soit le dégré de faveur, avec lequel le Ministère actuel envisagera mes travaux, je suis persuadé (et ceci tous prouvera entr'autres, combien // je dois être loin de toute prévention aveugle) je suis fortement persuadé qu'il ne les traitera pas avec une froide indifférence. Il peut rejetter mes avis; mais il les écoutera, et il les examinera. Le Chef de ce Ministère et d'ailleurs celui de tous les hommes de mon tems, que j'ai constamment le plus admiré; il a été en-outre le premier en Angleterre, qui m'ait directement encouragé. Tout se réunit pour m'inspirer envers Lui une confiance, qui doit nécessairement triompher de tous les scrupules, et de tous les obstacles momentanés. Mon projet est maintenant de présenter dans le plus bref délai à MyLord Grenville deux mémoires raisonnés, l'un "sur les causes qui ont fait échouer la dernière coalition", l'autre "sur les moyens qui restent pour sauver l'indépendance de l'Europe." Je me flatte, que, quels que soient les principes d'après lesquels Vous Vous déterminerez pour l'avenir, que Vous continuiez la guerre, ou que Vous fassiez la paix, que Vous abandonniez le continent, ou que Vous Vous y rattachiez, la manière dont je tracterai ces deux grandes questions, // ne sera passans intérèt pour Vous. Elle le sera d'autant moins, que, libre à-présent de toute considération particulière quelconque, depuis que tout est changé en Angleterre, je pourrai parler des fautes que je crois avoir été commises chez Vous, sans réticence et sans ménagment; et comme je ne désire, que la conservation et la gloire de Votre pays, seul moyen de salut qui soit resté encore à l'Europe expirante, et que je vois posséder toutes les données requises, pour réunir dans un grand tableau les différens traits qui caractérisent le plus imposant de tous les problèmes, il n'est pas possible, que l'on ne m'accorde l'attention, que [exigeront] des hommes, tels que je regarde Vos Ministres actuels, ne sauroient refuser à des objets d'une aussi haute importance. - Je crois, que j'aurai fini ces deux mémoires dans l'espace de huit jours; et la première occasion sûre qui se présentera alors, Vous les apportera. Je prendrai la liberté de Vous les adresser. Outre cela je parlerai à Lord Grenvill de ma position particulière; et je Vous préviendrai ici du sens dans lequel je le ferai. Je n'ai point une // opinion exagérée de mes talens ou de mes mérites; au-contraire j'en connois très-exactement la mesure et les bornes. Quant à mes gouts, je Vous ferai [ici] an aveu, tel que je voudrois le faire à Dieu et à ma propre conscience; c'est , que si je me livrois à mon penchant, le dégout que m'inspire l'état actuel du monde politique, me rélègueroit dès aujourd'hui dans la plus profonde solitude, où je serois trop-heureux de pouvoir ignorer et oublier les malheurs et la honte de mon siècle. Ce n'est donc, ni une vaine présomption, ni une ambition inquiète, qui me fait croire, que je pourrois encore être utile à mes contemporains. Mais je vois trop clairement ce que je suis, et ce que je pourrois être, pour me le dissimuler. Tous ceux, qui ont été depuis sept ou huit ans à la tête de Vos affaires, m'ont comblé de bienfaits, et quelquefois de ce qui m'est plus précieux que les bienfaits; mais jamais on n'a tiré de moi le parti qu'on auroit pu en tirer; jamais je n'ai pu rendre la dixième partie des services que je me sentois capable de rendre. Je me trouve dans une situation unique. J'ai vu de près toutes les grandes affaires de mon tems, et je suis resté libre; j'ai étudié la politique de ce siècle, comme sie j'avois dirigé plus d'un cabinet; et je n'ai cependant aucune prétention à rien, et personne // n'a proprement aucun droit sur moi. Je me trouve sur-tout avec l'angleterre dans une relation, qui n'est peut-être celle d'aucun autre individu. Peu d'hommes sur le continent, connoissent les affaires, les intérèts, les rapports personnels, la politique de Votre pays, comme je les connois. Personne en Angleterre ne p e u t connoitre le continent, comme moi. Je pourrois donc servir de lien entre l'angleterre et le continent, autant qu'un individu quelconque (je n'ignore pas quelles sont les limites qu'aucun individu ne franchira) seroit capable de jouer ce rôle. Travailler sans aucune direction donnée, s'agiter sans but, écrire sans savoir ce qui intéresse particulièrement ceux qui lisent, consumer ses forces sans la certitude de les employer avec un certain dégré d'effet - voilà ce qu'un homme, qui se sent, ne peut absolument pas soutenir à-la-longue. D'un autre côté je sais bien, que dans la sitiation présente du continent, il seroit très-difficile de m'assigner une place positive et permanente, dans laquelle je pourrois être directement et solidement utile. Je conçois cependant la possibilité d'un existence, qui, malgré les difficultés du moment, me mettroit dans le cas de Vous rendre des services essentiels. // Il faudroit seulement convenir du principe; l'exécution et les modifications s'arrangeroient ensuite. Si, par exemple, Votre gouvernement me chargeoit de faire de tems-en-tems des voyages dans les différens pays de cette partie de l'Europe, qui n'est pas encore complètement subjuguée par les François, d'observer et de combiner ce qui s'y passe sous les grands rapports publics (car Dieu me préserve de toute idée d'espionage particulier, ou de menées sourdes), et de lui adresser des rapports sur le résultat de mes combinaisons, je sais, que je pourrois dévenir extrêmement utile. Vos Ministres, résidans [dans] aux différentes cours (et il y en a, auxquels je rends certainement la plus entière justice) ne p e u v e n t pas tout savoir, ne p e u v e n t encore beaucoup moins faire ces rapprochemens précieux, pour lesquels il faut avoir réuni, comparé, et amalgamé les observations faites dans plus d'un endroit, et qui sont presque toujours plus instructifs, que tout ce qui part d'un seul point. Cette idée, que je puis seulement indiquer ici, sans lui donner tous les développemens, dont elle est susceptible, peut // s'accorder très-bien avec un établissement fixé dans telle ou telle ville que l'on trouveroit préferable, et d'où, (sans titre ni fonction quelconque) je ferois mes courses, sous le prétexte de curiosité, d'instruction, de santé pp ou sous tel autre qui ne manqueroit pas de se présenter. Je ne craindrois pas d'être considéré comme un intrigant, ou comme un observateur-à-gages. Mon caractère est tellement établi, et j'ai tant d'amis dans les différentes parties du continent, que je serois toujours sûr d'échapper à ce danger; et si après-tout quelqu'un me méconnoissoit assez, pour me supposer des motifs répréhensibles, je m'en consolerois par le bien incalculables que je pourrois faire, et par la grandeur, et la sainteté de la cause que je sers. Si celle-ci triomphe, je saurai bien triompher à mon tour; si elle succombe, ce qui peut m'arriver personnellement, ne m'affectera que très-peu. Voilà ce que je me propose de présenter à Lord Grenville. Si mon idée ne trouve pas son approbation, je retournerai à Vienne; et certes, [je] j'y ferai encore, comme je l'ai fidèlement fait jusqu'ici, tout ce que les circonstances rendront possible. Mais je prévois que cela se réduira // à peu-de-chose. La Cour de Vienne est aujourd'hui si impuissante, qu'il faut un changement préalable, pour lui rendre le plus petit dégré de courage et d'activité. Or, ce changement ne procèdera jamais d'elle-même. Il faut trouver hors-d'elle un levier qui puisse le produire. Je parlerai aussi à Lord Grenville, quoique bien contre-coeur, de mes affaires privées; mais je réclame aujourd'hui même V o s bontés pour un objet, qui m'inquiète beaucoup. Totalement épuisé, par mon émigration, par les voyages qui j'ai faits depuis, par l'isolement dans lequel je me trouve ici, je m'étois adressé à Monsieur Hammond pour le prier de me faire obtenir un secours de 300 Livres Sterling et d'autoriser Coutts à accepter une lettre-de-change que j'avois tirée sur lui ici pour cette somme. Tout cela étoit fait, avant que j'eusse appris des derniers évènemens de Londres. Vous concevez, quelle doit être mon inquiétude en pensant, que le succès de cette demande, dépend aujourd'hui de personnes, qui ne me connoissent guères, et dont je ne puis pas même conjecturer, quels seront à mon sujet, leurs principes et leurs déterminations. Cependant, dans la position où je suis, échouer [xxx] par-rapport à cet objet, me mettroit dans le plus cruel embarras. Vous avez trop de bienveillance // pour moi, pour m'y exposer ou pour m'y laisser; et quelque soient Vos relations actuelles, Votre crédit sera toujours assez puissant pour arranger une chose de cette nature-là sans Vous compromettre beaucoup. Je Vous supplie donc, de faire prendre des informations sur l'issue de ma première demande; et si j'étois assez malheureux, que Coutts ait refusé ma traite, la seule grace que je Vous demande, c'est de réparer le mal dans le moindre délai possible. Cela peut se faire, si Vous autorisez seulement Coutts à m'écrire sans retard, dans une lettre que je puis produire chez le banquier de Dresde, qu'il acceptera une nouvelle traite. Pardon, millefois pardon de cette importunité; mais si Vous saviez, quel bien cela fait à mon coeur, de pouvoir enfin m'adresser à V o u s, Vous ne m'en voudriez pas, à-coup-sûr. Une autre grace que j'ai à Vous demander, c'est que Vous vouliez bien me faire parvenir par le premier Courier qui partira pour Berlin, au Dresde, le Recueil de toutes les pièces, qui ont été présentées au parlement sur l'histoire de la // campagne continentale; mais je Vous demande exprès un exemplaire de l'Imprimerie du Parlement, puisque les contre-façons que publient les libraires, sont ordinairement très-incorrectes. J'ai grandement besoin de ce recueil, et je Vous supplie, de ne pas m'oublier. Je ne devrois pas, après avoir parlé de choses aussi secondaires, m'arrêter sur une autre d'un intérèt infiniment plus grand; mais je ne puis absolument pas finir cette lettre, sans y ajouter quelques mots pour un homme, qui sera tant que je vivrai, l'objet de l'estime la plus profonde, et du plus tendre attachement, dont je sois susceptible. Vous pressentez déjà, que je veux parler de Lord Sidmouth. Je ne puis pas Vous exprimer, quelle douce consolation il y a pour moi dans l'idée de le voir constamment honoré de la confiance particulier du Roi, et combien j'ai été ravi de voir son nom dans la liste des nouveaux Ministres; je Vous prie de me rappeller à son gracieux souvenir, dont je serai toujours fier // et heureux, et <au>quel s'attachent d'ailleurs tant d'autres souvenirs éternellement précieux pour moi. Votre rentrée dans l'administration ne m'a pas même surpris. Il est si parfaitement impossible de trouver [xxx] en Angleterre un autre homme capable de remplir, comme Vous, la place, que Vous avez daigné reprendre, que loin, d'y voir la moindre faveur pour Vous, (il me semble que Vous auriez eu le droit d'en exiger de tout-autres) je regarde comme une preuve de notre noble dévouement pour le bien-public, que Vous ayiez consenti à Vous en charger de nouveau. Puisse-t-elle ne pas Vous empêcher de me donner de tems-en-tems quelque légère marque de Votre souvenir ! Je ne Vous fais pas des excuses sur la longueur des cette lettre; la supposition que les objets que j'y ai traités n'ont pas cessé de Vous intéresser, m'en a donné le courage; cette supposition ne me quittera, qu'avec les sentimens qui Vous appartiennent de ma part, tant que j'existerai, et avec lesquels je Vous réitère aujourd'hui l'hommage de la fidélité à-toute épreuve, avec laquelle je suis Votre très-obéissant et très- dévoué serviteur Gentz. P.S. Je sens bien, que je ne puis // ni demander, ni attendre une réponse satisfaisante à cette lettre que lorsque Vous trouverez quelque occasion, que Vous paroitra sure. Mais ne me refusez pas q u e l q u e s l i g n e s, que Vous pourrez sans inconvénient, confier même à la poste; ou si Vous engagez Coutts à m'écrire, faites y mettre deux mots seulement de Votre main. Je les attends avec une impatience inexprimable. Ce 23 Fevrier J'apprends dans le moment même que cette lettre doit partir, que Monsieur Hammond a aussi quitté sa place. Si Vous m'abandonniez dans ce moment, je serois donc absolument sans appui. Je voudrois savoir aussi ce que seront dévenus les derniers mémoires etc. etc. que je lui ai adressés. Ceux pour Lord Grenville, dont je Vous ai parlé plus haut, partiront infailliblement dans huit jours. J'ai pris la liberté de mettre sous Votre adresse un paquet pour Monsieur Herries. H: In Privatbesitz. 10 Bl., F: 218mm x 182mm; 20 eighd. beschr. Seiten. D: bisher ungedruckt. [Der folgende Text gehört mit großer Wahrscheinlichkeit zu einem anderen Brief.] Jugez ce qu'avec ces sentimens, que les derniers malheurs de l'Europe, au-lieu de les ébranler, ont plus profondément, plus victorieusement établis dans mon ame, je dois souffrir dans une ´poque, comme celle-ci. Le continent est enchainé par l'enfer. L'Angleterre est enveloppé pour moi comme d'un voile épais et impénetrable. Depuis la mort de Monsieur Pitt je n'ai pas, à l'exception de la lettre de Monsieur Herries, reçu la moindre nouvelle de Londres. Personne n'a eu la charité de m'adresser un mot de consolation, un mot d'encouragement ou de bienveillance. [Je] Peut-être suis-je positivement adieux àceux qui dirigent aujourd'hui Vos affaires. Oeut-être aussi - et cette crainte n'est pas sans douceur - m'a-t-on enseveli sous la terre qui couvre aujourd'hui Monseiur Pitt. Ne croyez pas, je Vous en conjure, et je sais que Vous êtes fait pour m'entendre, ne croyez pas, que dans la douleur que me cause la perspective d'une séparation totale entre Votre pays et moi, les calculs d'un misérable intérèt particulier, entrent jamais pour la moindre nuance. Je crois Vous l'avoir déjà dit; mais il est bon de le répéter ici: Je sais // me garantir du malheur - car pour être heureux, qui oseroit y prétendre dans ce tems ! - je sais exister de plus d'une manière; et pour les projets qui me restent à exécuter, si l'Angleterre ne veut plus de moi, je n'ai besoin du secours de personne. Mes souvenirs, mes espérances lointaines, de laDivinité - en voilà assez pour remplir la retraite, que tot ou tard j'embrasserai <comme> mon dernier asyle. Qui m'empêchera pas d'ailleurs de porter à l'Angleterre - à cette v i e i l l e, a cette v é r i t a b l e Angleterre, à celle que j'ai eu constamment en-vue, lorsque pendant quinze ans j'ai combattu pour sa cause - qui m'empêchera de lui porter ces sentimens, ce vif et tendre intérèt, ce sévouement profond et indestructible qui fait une morale. Qui m'empêchera de la cultiver dans mon coeur, si même - que Dieu m'en préserve ! - elle disparoissoit absolument à mes yeux ! - Mais quand je pense à ce qui je suis, et sur-tout à ce que je pourrois être pour Vous, quand je pense, que // tout amour-propre à-part, je suis le seul homme de mon espèce qui existe sur le Continent, le seul qui réunisse à toutes les connoissances nécessaires pour pénétrer Vos intérèts, la volonté la plus déterminée et la plus ardente de vivre et de mourir avec Vous, je lis dans la destinée qui m'attend, une partie de celle que l'Angleterre éprouvera elle-même. Ma disgrace m'effraye infiniment moins par les chagrins qu'elle me causera [xxx] à moi, qui au-fond n'existe que pour souffrir, comme tous ceux qui doivent servir les hommes, en-dépit de leurs égaremens et de leurs vices, bien moins par l'effet direct qu'elle [xxx] produira sur ms propre situation, que par les réflexions qu'elle me suggèrera, par les inductions qu'elle me forcera de faire, par les terreurs, les justes terreurs qu'elle m'inspirera par-rapport à Votre pays; c'est comme s y m p t ô m e, que comme é v è n e m e n t, que je crains ce que le sort me prépare. Vous sentez bien que je ne pouvois pas faire entendre, en parlant à Lord Grenville, un mot de ce que l'amitié et la confiance m'enhardissent à articuler ici. Je me suis contenté de lui exposer ce // que je suis, ce que je pourrois être, et ce que je voudrois être; je lui ai indiqué les <seules> conditions, sous lesquelles, non pas d'après mes caprices, mais d'après la nature de la chose, je puis dévenir vraimant utile aux plus grands intérèts de l'Angleterre; je n'ai insisté sur rien; j'ai dit, que j'attendrois sa décision avec la résignation la plus complète. Sa réponse meclairera sur l'avenir, et fixera toutes mes incertitudes. Je lui ai dit aussi, que je demanderois Votre intervention, pour lui faire parler des mes affaires pécuniaires. Mais je ne puis pas me résoudre à entrer aujourd'hui dans cette matière. Mon ame est trop absorbé par des pensées d'un ordre plus élevé, par des peines, par des craintes, par des sollicitudes d'uner nature plus noble, et par cela-même plus accablante. Je Vous dirai en deux-mots ce qui m'est strictement commandé par l'embarras momentané et pressant. Je n'ai reçu aucune réponse à ma dernière lettre à Monsieur Hammond. Je ne sais pas même si Coutts a accepté ou protesté latraite de 300 Livres Sterling dont je Vous ai parlé dans ma lettre du 24 Fevrier. Je crois que le banquier d'ici, qui est //