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Gentz ; Jackson, Francis James
An Francis James Jackson, Wien, 19. Juni 1805, Wienbibliothek im Rathaus, Wien. Handschriftenabteilung, Inv.-Nr. 74416 1805

Gentz digital

Transkriptionsentwurf Günter Herterich

id207
Briefaussteller
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Gentz
Briefempfänger
Jackson, Francis James
AusstellungsortWien
Datum19. Juni 1805
Handschriftl. ÜberlieferungWienbibliothek im Rathaus, Wien. Handschriftenabteilung, Inv.-Nr. 74416
Format/Umfang11 eighd. beschr. Seiten
IncipitD'après la permission que Vous
BrieftypBriefe von Gentz
Digitalisat: TextAn Francis James Jackson Wien, 19. Juni 1805 Vienne Ce 19 Juin 1805. Monsieur ! D'après la permission que Vous avez bien voulu me donner, je prends la liberté de Vous adresser ci-joint la suite du Manuscrit de mon ouvrage "sur les causes de la guerre entre l'Angleterre et l'Espagne", et je Vous prie en grace de le faire parvenir à Monsieur Frölich sans délai. Lorsque les premières feuilles seront imprimées, il aura l'honneur de Vous les communiquer de suite; et je Vous prie très-humblement de les transmettre à Londres le plutôt possible. Monsieur Vansittard, auquel j'avois voulu les adresser, se préparant dans ce moment-ci à passer en Irlande, il m'a annoncé que Monsieur le Sous-Secretaire Hammond s'en chargera à sa place. J'ai instruit Monsieur Hammond du canal par lequel ces feuilles lui parviendront, et des mesures á-prendre pour les faire paroitre en Anglois. Il ne s'agit donc que de les lui envoyer, pour qu'il ait soin de tout le reste. L'état actuel du pays, où je me trouve, est une des choses les plus singulières, les plus compliquées, les plus indéfinissables, qu'il soit possible d'imaginer. Toutes les données positives, tout ce qui s'est passé ici depuis trois mois, tout ce qui se passe dans ce moment même, tout ce qu'on voit, tout ce qu'on apprend, tout ce qu'on peut combiner, s'accorde // à présager, que nous aurons la guerre dans deux mois. Et cependant il doit necessairement rester dans l'ame de quiconque a oberservé et étudié depuis quatre ans le caractère, la composition, et les dispositions de ce gouvernement, u n f o n d s d' i n c r é d u l i t é, que rien n'est capable de déraciner, et qui ne cédera, si jamais il cède, qu'à l'évidence des faits. Je m'en vais Vous expliquer cette étrange contradiction. D'un coté il est prouvé que la Cour de Vienne a été depuis plus de huit mois en négociation continuelle avec le Cabinet de Petersbourg; que longtems a v a n t les évènemens que nous avons vus éclorre depuis le Mois de Mars, elle avoit fait donner à ce Cabinet les assurances les plus positives, et les plus prononcées sur son désir de coopérer avec lui dans les mesures qu'il méditoit pour le rétablissement de l'équilibre de l'Europe; que ces négociations sont devenues plus vives, ces assurances plus fortes encore depuis que Bonaparte a proclamé son Royaume d'Italie; que la Russie a compté pendant toute cette époque, et qu'elle compte à-présent plus que jamais sur le concours de l'autriche dans toutes les opérations que le rejet des propositions de Monsieur de Novosilzoff [pourroit] pourra rendre nécessaires; et qu'il y a même tout lieu de croire, que quelque chose a été s i g n é entre ces deux cabinets. // Il est également sûr et incontestable, que depuis la nouvelle du Royaume d'Italie, et sur-tout depuis les changemens (très-salutaires en dernier résultat) qui se sont opérés dans le département de la guerre, et depuis la nomination du Général Mack à la place de Quartier-Maître-Général, avec une influence presqu'illimitée sur tout ce qui regarde l'organisation de l'Armée, il s'est fait des arrangemens majeurs dans cette partie, des dislocations importantes, des mouvemens de troupes bien-combinés, des désignations de camps et de positions militaires, enfin des préparatifs de toute espèce, qui indiquent la perspective d'une guerre prochaine, et qui ont déjà tellement changé l'état des choses, que les personnes les plus instruites, que les auteurs mêmes de ces plans et de ces mouvemens Vous assurent avec un air de conviction que, si la guerre étoit déclarée aujourd'hui, nous aurions dans quinze jours sur les frontières de l'Italie une armée de cent-mille hommes capables d'entrer en campagne. Ce qui rend tous ces symptômes plus remarquables encore, c'est que la probabilité d'une rupture avec <la> France paroit effectivement s'accroitre de jour en jour. Car [xxx] personne ne s'imagine que les négociations de Monsieur Novolsilzoff produiront la paix; on en connoit, si non toute la teneur, du-moins le sens et le but; on sait qu'il ne s'agit pas de moins que de faire descendre Bonaparte de son trône d'Italie, de le donner à une personne, "q u i n e t i e n n e à l u i p a r a u c u n e e s p è c e d e l i e n s", de lui arracher // si-non le tout, du-moins une partie du Piemont, d'étendre la frontière de l'autriche jusqu'au Mincio ppp sans compter les autres changemens, qu'on proposera pour la Suisse, pour la Hollande pp. Il faudroit s'aveugler d'une manière bien étrange pour supposer un instant que Bonaparte se prêtera à ces propositions, ou seulement qu'il ne les repoussera <pas> de prime abord, et avec indignation et fracas; lui, qui vient de réunir tout récemment l'Etat de Gènes au territoire François, lui, qui vient de nommer son beau-fils Vice-Roi d'Italie, avec 10 millions de Livres de Milan pour l'organisation de sa dignité, et 6 Millions de Revenu actuel, et de lui accorder en-outre comme Fief tenant de l'Empire François les Duchés de Parme et de Plaisance ! - Or, comme dans les rapports où la cour de Vienne se trouve avec celle de Russie, le non-succès de la mission de Monsieur Novosilzoff, doit l'entrainer sur-le-champ dans la guerre, que la Russie veut faire sur-le-champ à la France - il paroit que notre sort est irrévocablement prononcé. Ajoutons, que depuis l'arrivée de Monsieur de Wintzingerode à Vienne, la voile même qui couvroit encore en partie les négociations entre l'autriche et la Russie, est entièrement levé; qu'il est venu exprès pour mettre la dernière main à l'oeuvre, pour animer et échauffer l'Empereur, son frère, tous ses Ministres et Généraux; qu'il ne cache pas l'objet de sa // mission, et que lui qui a quitté Berlin dans le deséspoir, et avec la certitude, que rien (d'après ce qu' i l d i t) que les menaces et la force ne feront agir la Prusse, est singulièrement c o n t e n t ici. Il me semble qu'il seroit difficile de réunir une plus grande masse de preuves, pour faire croire à l'approche d'un changement total de systême et de quelque mouvement vigoureux conçu par la Russie et exécuté par l'autriche. D' u n a u t r e c ô t é - voici les trois grands scrupules, qui m'empechent de croire à ce changement malgré tout ce que l'on peut faire et dire pour me le rendre vraisemblable. 1. Je ne vois rien autour de moi qui m'annonce une révolution dans les p e r s o n n e s, tant-soit-peu proportionnée à une aussi grande revolution dans les c h o s e s; il ne suffit pas que rien ne soit changé dans le m a t é r i e l de l'administration, que les mêmes Ministres qui ont gouverné jusqu'ici avec une lacheté et une mollesse aussi impardonnable, restent en place, qu'il n'existe pas le plus leger indice de leur déplacement, et que rien n'est altéré, ni dans le cabinet, ni dans les conseils, ni dans les bureaux - mais on n'apperçoit pas même, au-milieu de ces apparences d'un nouveau systême, le moindre changement dans l' e s p r i t, dans les d i s p o s i t i o n s p e r s o n n e l l e s, dans la t e n u e et dans le l a n g a g e du gouvernement. L'Empereur // craint et déteste toujours egalement la guerre; l'Archiduc Charles ne se lasse de [xxx] rédiger, ni de faire rediger des mémoires pour défendre le systême pacifique; il n'y en a a u c u n parmi les Ministres, et - un seul excepté - aucun parmi les Généraux marquans qui ne soit aveuglement dévoué à ce même systême, il faut entendre parler des hommes tels que M a c k, le Prince C h a r l e s S c h w a r t z e n b e r g, le Prince Jean L i c h t e n s t e i n etc. etc. etc......jusqu'à l'infini - pour juger quelle est parmi les m e i l l e u r s la dégradation de l'opinion publique à ce sujet. Monsieur de C o b e n t z l, il est vrai, a un peu modifié son ton depuis quelque tems; mais c'est une nuance si imperceptible, et quand on sait ce que c'étoit auparavant, si insignifiante, qu'on ne s'en douteroit pas, si on n'étoit pas porté d'avance à l'observer. - Pour le reste, tout va comme jusqu'ici; on parle du mauvais état des finances, de la disette en Boheme, du Prater, des Chevaux, et de la Chasse future (comble de la gloire et de la félicité humaine pour nos gens) absolument comme si rien ne se preparoit, et comme si la létargie actuelle ne seroit pas troublée un instant.2. Comment est-il possible que les F r a n ç o i s, en voyant tout ce qui se passe, gardent le silence le plus absolu, que Bonaparte, l'homme // le plus emporté et le plus fougeux qui existe, reste les bras croisés, lorsqu'il nous voit faire une dislocation générale dans notre armée, concentrer des troupes, désigner des camps, appeller les semestriers (renvoyés, à la vérité, quelques semaines après) acheter des chevaux, enfin prendre une attitude serieuse, et améliorer considérablement notre position militaire, lorsqu'il nous voit depuis huit mois n é g o c i e r s a n s c e s s e avec la Russie, refuser (quoiqu'il en dise dans ses diatribes) de le reconnoitre Roi d'Italie, murmurer assez haut sur la réunion de Gênes, enfin, recevoir Wintzingerode comme l'Envoyé du bon Dieu, et se concerter avec lui sur des plans-de-campagne et des conditions de paix ? - Tout cela est-il concevable ? 3. Si l'intention de se joindre à la Russie en cas de guerre est bien sincèrement formée, pourquoi ne s'en fait-il aucune ouverture quelconque à l' A n g l e t e r r e ? On sait pourtant très-bien, et on n'en disconvient pas, que si ce cas se présentoit, il faudroit tout-de-suite recourir à cette puissance pour avoir de l'argent. Pourquoi ne prepare-t-on pas cette démarche nécessaire ? - Cependant c'est un fait sur lequel Vous pouvez compter, que, quoique Monsieur Paget soit toujours très-bien traité, et que Monsieur de Cobentzl lui communique même assez régulièrement les nouvelles - qui quelques jours après doivent se lire dans les gazettes, il ne lui a jamais rien dit de positif, ni sur les projets de cette // cour ni sur ses espérances, ni sur ses craintes, ni même sur ses négociations avec le Cabinet de Petersbourg; sur lesquelles nous avons appris la vérité pour la première fois par un particulier, ami intime du Prince Czatoriski, qui avoit passé six mois avec lui à Petersbourg, et qui est de retour ici depuis la fin de Mars. Jusques là Monsieur de Cobentzl n'a jamais avoué, ni à Monsieur Paget ni a qui que ce soit les instructions qui avoient été données au Comte Stadion depuis le mois de Septembre. Voilà donc le Pour et le Contre; et il n'y a selon moi, que trois moyens d'expliquer ces apparences absolument contradictoires. Le premier est, de supposer, que le Cabinet deVienne a quelques notions secrètes et rassurantes (dans son mauvais sens) sur les intentions et les projets de la Cour de Petersbourg, qui lui font espérer, que cette cour n'en viendra jamais aux dernières extrémités avec la France. - Cette supposition n'est cependant pas très vraisemblables; car quelque soit le dégré de fermeté et de p e r s é v é r a n c e que l'Empereur de Russie mettra dans sa conduite, il est du-moins parfaitement avéré, que dans ce moment-ci ses intentions sont très-sincères, très-loyales, et très-vigoureuses.Le second moyen d'explication est de croire, que la Cour de Vienne se flatte, que, si l'explosion // devient inévitable, elle trouvera encore quelqu'expédient pour se tirer d'affaire, soit en prétendant les obstacles imprévus, soit en se retranchant derrière l'inactivité de la Prusse (qu'il s'agit toujours et dans tous les plans de faire agir de gré et ou de force, et qui ne le fera, j'en suis convainçu , ni de l'une ni de l'autre manière) soit enfin, en se donnant l'air de marcher et en se tenant sur la défensive. - Tout cela n'est rien moins qu'invraisemblable, sur-tout lorsqu'on considère l'extrême imprévoyance de l'Empereur, l'extrême bêtise de Monsieur de Colloredo, et l'extrême légereté du Ministre des Affaires étrangères. Enfin il y a une troisième hypothèse, très-affligeante, il est vrai, et tellement scandaleuse, qu'on n'est presque pas en droit de l'articuler, sans que le soupçon soit appuyé de quelque preuve, mais sur laquelle - je Vous en fais l'aveu sincère - mes craintes et mes sollicitudes <ne> s'arrêtent que trop souvent; c'est celle d'un concert secret entre la Cour de Vienne et la France. Je n'entends pas dire par-là que jamais cette cour s'oublieroit au-point de tramer avec l'ennemi commun de l'Europe quelque chose d'hostile contre qui que ce soit; non; je suis persuadé, que si un Ministre quelconque étoit assez déhonté pour proposer un projet pareil, // l'Empereur le repousseroit avec indignation. Mais il est malheureusement possible et très possible que l'on s'entende avec la France sur ce que je voudrois appeller des intentions ou résolutions n é g a t i v e s, qu'on lui promette en secret, qu'on ne l'attaquera jamais, qu'on lui infirme, que c'est seulement pour échapper aux importunités de la Russie ou à une rupture avec elle, qu'on a paru donner jusqu'ici dans certains plans; il est très-possible enfin que Bonaparte connoisse mieux les dispositions i n t i m e s de ce gouvernement que tous les Ministres de la Russie, et que [xxx] la plupart même des principaux personnages de l'administration. J'ai pris la liberté de Vous offrir ici mes données positives, et mes conjectures particulières; je crois qu'elles renferment à-peu-près un tableau exact de l'état des choses dans de pays-ci; et c'est a-présent à Votre sagacité que je m'en remets du soin de juger, de vérifier, de comparer, et de combiner, pour arriver au résultat qui Vous paroitra le plus satisfaisant. Vous m'obligeriez infiniment, Monsieur, et j'ose ajouter sans crainte, Vous feriez // une chose qui ne seroit pas perdue pour l'intérèt public, en me communiquant Vos idées sur la situation générale de la Cour de Berlin. Infiniment reconnoissant de la dernière lettre que Vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et qui m'a [xxx] donné des notions très-précieuses pour le moment où je l'ai reçue, je ne saurois assez Vous dire, combien Vous me rendriez heureux, si Vous vouliez [xxx] me continuer de tems-en tems cette preuve de Vos bontés. Je n'ai pas le tems aujourd'hui d'écrire au Général Stamfort; mais comme je Vous suppose en correspondance avec lui, je Vous supplie de l'avertir que je n'ai reçu que très-tard la lettre qui m'a fait parvenir par Vous. Il paroit l'avoir retenue lui-même pendant quelques mois; mais dans tous les cas je lui exprimerai dans peu, combien j'ai été enchanté et touché de la force d'ame, de la vigueur, et je dirois presque de la jeunesse, que respire d'un bout à l'autre cette lettre vraiment admirable. Veuillez-bien me rappeller au souvenir gracieux de Madame Jackson et agréer l'hommage renouvellé du dévouement le plus inviolable avec lequel je suis, Monsieur Votre très humble et très- fidèle serviteur H: Stadt- und Landesbibliothek, Wien. Handschriftenabteilung, Inv.-Nr. 74416. x Bl., F: ; 11 eighd. beschr. Seiten. D: bisher ungedruckt.