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Gentz ; Pelser, Bernard von
An Bernard von Pelser, Wien, 9. Juni 1803, Wienbibliothek im Rathaus, Wien. Handschriftensammlung, Inv.-Nr. 6584 1803

Gentz digital

Transkriptionsentwurf Günter Herterich

id1637
Issuer of letter
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Gentz
Addressee of letter
Pelser, Bernard von
LocationWien
Date9. Juni 1803
Handwritten recordWienbibliothek im Rathaus, Wien. Handschriftensammlung, Inv.-Nr. 6584
Size/Extent of item6 Bl., F: 218mm x 178mm; 10 eighd. beschr. Seiten
IncipitJe réponds sur le champ
Type of letterBriefe von Gentz
Digital item: TextAn Bernard von Pelser Wien, 9. Juni 1803 Je réponds sur le champ, cher Pelser, à la lettre pour le moins singulière que Vous venez de m'écrire. J'étois aguerri à Vos rigueurs, à Votre dureté et aux mauvais traitemens que Vous infligez à Vos meilleurs amis pour peu qu'ils diffèrent de Vous par la moindre nuance de principe ou de jugement. Mais je ne m'attendois pas à une rupture formelle; je ne pouvois pas m'imaginer, qu'un homme auquel j'ai donné tant de preuves de mon estime profonde et de mon sincère attachement pourroit se résoudre à m'envoyer promener dans toutes les formes, parce que j'aurois prononcé une opinion qui lui [paroiss] paroitroit erronée. Je pouvois encore moins soupçonner les étranges motifs, sur lesquels cette résolution est fondée, et que je ne puis <pas> passer sous silence aux risques même de Vous déplaire encore d'avantage par ce que je suis obligé de dire pour ma justification. D'abord je proteste de toutes mes forces, et très-solemnellement contre tout changement quelconque qui auroit eu lieu dans les principes que j'ai énoncés dans mes ouvrages. Ces principes subsistent tous; et je Vous défie, je défie tous ceux qui me connoissent d'indiquer un seul cas, ou j'en eusse sacrifié le plus insignifiant. L'opinion que j'ai exprimée sur certains passages de Cobbet, ne // peut certainement pas Vous autoriser à me taxer d'inconséquence. Je n'ai jamais traité dans mes ouvrages, la question très-délicate: jusqu'à quel point un écrivain politique peut et doit attaquer le gouvernement de son pays, lorsque ce gouvernement a eu le malheur d'adopter un mauvais systême ? Je dis, que je n'ai jamais traité, ni même touché cette question; par conséquent je ne pouvois compromettre aucun de mes principes publiquement annoncés, en décidant (dans une lettre confidentielle) cette question contre Cobbet. Et malgré tout le tort que Vous me donnez dans cette occasion, je persiste encore à Vous dire, que p o u r m o i, qui me suis parfaitement pénétré de tous les argumens pour et contre, je ne souscri-rai jamais à l'arrêt beaucoup trop tranchant que Vous venez de prononcer. Je sais seulement, que quand j'ai qualifié tant de fois Monsieur F o x et ses amis, de t r a i t r e s envers leur patrie, ce n'étoit pas pour avoir e u telle et telle opinion (car on n'est jamais un traitre pour cela) mais pour l'avoir proclamée d'une manière essentiellement-nuisible aux intérèts de leur pays et essentiellement favorable aux intérèts des ennemis de ce pays. Dieu me préserve de confondre de quelque manière que ce soit, un homme tel que C o b b e t, // avec Mr. F o x et sa bande; mais que j'aie gémi plus d'une fois du triomphe que Cobbet préparoit aux ennemis de l'angleterre - je n'en disconviens pas, je n'en disconviendrai jamais; et celui qui sait trouver dans les regrets que cette circonstance m'a inspirés, une preuve de rénonciation à mes anciens principes, doit être muni d'un dégré de sagacité fort au dessus de tout ce que je concois; du moins, j'ai beau scruter ma conscience jusques dans ses plus profonds réplis; elle ne m'en dit rien. Le second grief que Vous articulez contre moi est tout aussi réel que le premier; et c'est ici sur-tout que je ne puis pas m'empêcher de Vous dire, que Vous possédez une facilité étonnante à créer et à préter des torts à Vos amis, uniquement pour avoir le plaisir de les combattre. Tout l'article de Votre lettre, où Vous parlez de mes a m i s, en est une preuve. Permettez-moi de Vous suivre dans la classification que Vous en avez faite. D'abord, ce que Vous appellez mes r e s p e c t a b 1 e s a m i s, ne sauroit être autre chose que quelques personnes attachées aux M i n i s t è r e A n g 1 o i s, que Vous m'avez toujours reproché d'avoir vues et cultivées. Vous connoissez parfaitement mes opinions sur le ministère actuel, et Vous savez que je suis d'accord avec Vous sur tous les points essentiels, // sans en excepter un seul. Vous savez que je suis on ne peut plus mécontent de la base de tout le système [est] que ce ministère a embrassé, que j'abhorre, et, que j'abhorrerai toujours le traité d'Amiens, comme une des plus grandes calamités qui soient jamais tombées sur une nation; Vous savez que je n'approuve pas plus la conduite des ministres d e p u i s la signature de ce malheureux traité; et si Vous pouviez encore Vous abaisser jusqu'à me demander mon opinion sur leur conduite depuis le mois de Fevrier, Vous verriez, si j'ai mérité le reproche que Vous avez voulu me faire, en citant ces r e s p e c t a b 1 e s a m i s. Mais il est très-vrai que tout en blamant leurs démarches, [et] leurs principes, et leur foiblesse, je n'ai pas voulu me priver des avantages précieux que pendant mon séjour à Londres j'ai tiré des liaisons que j'avois formées avec quelques-uns de ces hommes. Je m'en suis fait d'autant moins un scrupule, que d a n s m a f a ç o n d e v o i r, il y a, et il y aura éternellement une diffèrence marquante entre la foiblesse et le crime, entre l'erreur et la perversité. Je Vous abandonne le plaisir de traiter T a 1 1 e y r a n d et A d d i n g t o n avec la même dureté; je ne me rendrai jamais coupable et une injustice aussi re//voltante; mais [xxx] ce que je ferai encore beaucoup moins, parce qu'outre l'injustice, j'y verrois encore une politique absurde, et un aveuglement ridicule, c'est de ne pas profiter des lumières et de l'instruction que m'offre la conversation avec des hommes tels que V a n s i t t a r t, B e e k e pp - uniquement parce qu'il y auroit entre leurs principes politiques et les miens une nuance, qui m'empêcheroit certainement de les choisir pour collègues dans les grandes affaires, mais qui ne m'empêche nullement de m'instruire avec eux sur des objets secondaires d'un très-grand-prix, et de les estimer même beaucoup pour les qualités indubitablement estimables qu'ils possèdent à côté de leurs principes de p o 1 i t i q u e é t r a n g è r e, dont personne ne fait moins de cas que moi. Voilà pour la première accusation. La seconde est encore, je ne dis pas plus fausse, mais plus arbitraire et ressemble plus à une mauvaise chicane. Sans doute, que moyennant un fonds de bienveillance génèrale, de foiblesse, si Vous voulez, qui se trouve dans mon ame, je suis incapable de traiter les f o i b 1 e s et les i m b é c i 1 1 e s, comme V o u s les traitez quelquefois, et que par conséquent la manière douce et amicale que je mets dans le commerce avec des hommes comme Z i c h y, H e r b e r t pp contraste un peu avec l'austérité qui Vous caractérise constamment; mais comment cette circonstance // ait pu Vous donner le droit de nommer ces Messieurs-là m e s a m i s, - c'est une de ces choses qu'il n'y a que Vous qui puisse l'expliquer, puisqu'il n'y a que Vous qui puisse aller aussi loin dans le chemin de l'injustice. Vient donc enfin la troisième classe composée de ce que Vous nommez mes amis i n c o n c e v a b 1 e s. Comme Vous n'en avez cité que deux exemples, c'est à ceux-là que je dois m'en tenir; mais certes, ils sont si bien choisis, qu'ils méritent un examen particulier. Quand Vous me reprochez Monsieur d' A r m f e 1 d t comme mon a m i, je ne vois dans ce reproche que ce même désir maligne de c r é e r des griefs, pour les combattre. A r m f e 1 d t est un homme, qui possède quelques bonnes qualités; il a de la vigueur dans le caractère, et des talens pour ce que j'appelle la h a u t e - i n t r i g u e; bien dirigés, ces talens pourroient être employés avec succès. Mais pour tout le reste je regarde Armfeldt comme un homme médiocre, d'un caractère peu sûr, versatile, équivoque, brouillon, passionné. Loin d'être lié avec lui de coeur et d'ame, je ne l'estime pas même; et je le vois d'ailleurs rarement depuis le départ de Panin, et dans toute autre ville que Vienne, je ne le verrois probablement pas du-tout. - Après celà jugez ce que c'est que cet inconcevable a m i ! // Mais lorsque dans ce même index des proscrits, et accouplé au nom de Armfeldt j'ai trouvé celui de P a n i n, la lettre m'est tombée des mains; et je me suis demandé un instant, si je trouverois des expressions pour caractériser ce que dans tout autre que Vous j'appellerois un excès de démence. Je me garderai bien <de> défendre l'homme le plus respectable, et le p 1 u s p u r (même dans Votre sens, et s'il y avoit encore un sens de ce mot au delà du Votre, même dans celui-là) que j'aie jamais rencontré, contre un mouvement passionné de la part d'un autre qui seroit inexcusable, si l'ignorance et une prévention chimérique fondée sur cette ignorance ne l'excusoit pas. Mais je puis Vous dire avec une satisfaction particulière que Vous êtes certainement dans toute l'étendue de l'univers le seul homme capable de traiter Monsieur d e P a n i n - en "J a c o b i n, p e r f i d e, et s c é 1 é r a t" - C'est tout uniment, et je ne puis pas me rétracter sur ce mot, un excès de démence qui Vous a dicté cette phrase, et elle est absolument indigne de Vous. Au reste de tous ceux que Vous appellez ici m e s a m i s, Monsieur de P a n i n est le seul que j'avoue, que je me fais gloire d'avouer, que je suis prêt à soutenir contre C o b b e t lui-même s'il o s o i t jamais l'attaquer. // Je vais plus loin. Si Vous pouviez jamais passer huit jours avec P a n i n, malgré toutes Vos préventions - plus i n c o n c e v a b 1 e s certainement que ce que Vous appelez mes a m i s - Vous en jugeriez absolument comme moi. Ainsi le seul a m i, dont je conviens, est un homme qui seroit le vôtre du moment que Vous le verriez de près - Tous les autres, que Vous me reprochez, n'existent que dans Votre imagination. - Et c'est sur de tels griefs que Vous me déclarez indigne de Votre amitié !! I1 se trouve encore dans Votre lettre un reproche que je trouve trop curieux pour ne pas y répondre. Vous parlez "de mon i g n o r a n c e p r o f o n d e en fait d' h o m m e s". Non ! mon cher ami ! tous les torts que j'ai à Vos yeux proviennent de ce que je les connois t r o p b i e n. Vous avez un principe, s i m p 1 e, il [y] est vrai, et c 1 a i r, mais selon moi parfaitement i n a d m i s s i b 1 e, d'après lequel Vous jugez les hommes. Je veux dire, que Vous les partagez en deux classes: l'une (renfermant, autant que je m'en souviens 2 ou 3 personnes) composée des gens de bien; l'autre (embrassant la presque-totalité du genre humain) composée de scélérats (comme P a n i n, G e n t z pp) Moi, au contraire, je n'ai fait depuis plusieurs années // qu' é t u d i e r les hommes, et j'ai trouvé dans les élémens de leur esprit et de leur caractère, et dans la composition et combinaison de ces élémens une telle différence de résultats, de gradations, et de nuances, que je ne sais presque plus ce que c'est qu'un jugement tranchant, entier, n'admettant pas des modifications et des limitations quelconques. Prenons pour exemple un personnage comme Monsieur V a n s i t t a r t. V o u s voyez dans cet homme un individu qui a approuvé le traité d 'amiens, et p e u t - ê t r e (car ceci même est problématique pour m o i) la conduite entière des ministres qui ont fait ce traité. V o u s n'y voyez pas autre chose - par conséquent, - homme inepte, homme de rien, misérable f i n a n c e e r i n g p o 1 i t i c i a n. Demi-Jacobin, scélérat - adieu Vansittart ! - Moi, sans m'aveugler sur ses moyens, et sur ses fautes, j'y découvre en même tems, un homme rempli de bon-sens, de vastes connoissances, d'excellentes intentions, d'un caractère doux, aimable, loyal; et j'ai assez de force et de discernement pour cultiver, pour défendre même ce d e r n i e r Vansittart, sans jamais défendre et sans jamais m'approprier le premier. Je Vous le demande, de quel coté est-ici la connoissance des hommes. - Je Vous citerois aisément mille exemples pareils; c'est mon impartialité opposée a Votre vehemence, c'est - parce qu'il n'est pas // possible de l'exprimer mieux qu'en Allemand - meine V i e 1 s e i t i g k e i t im Urteil, entgegen gesetzt Ihrer E i n s e i t i g k e i t - qui m'a valu la disgrace complête que Vous venez de m'annoncer. Je me suis expliqué avec énergie; et du moins cette-fois-ci Vous ne m'accuserez pas de Vous avoir f 1 a t t é. Cependant, je n'en abandonne pas plus une seule des idées que je m'etois formée de Votre caractère, et je déclare aussi solemnellement qu'il m'est possible de le faire, que je ne me suis jamais abaissé à Vous dire des f 1 a t t e r i e s. Ce que je Vous ai prèsenté quelquefois comme l'expression de mes sentimens pour Vous, étoit toujours vrai, partoit toujours du fond de mon ame; Votre injustice ne l'en arrachera point; et si désormais Vous gardiez avec moi un silence absolu - ce que j'ai tout lieu de craindre après Votre dernière lettre - je Vous aimerois et je Vous estimerois néanmoins jusqu'à mon dernier soupir; et je regarderois comme un bonheur chaque occasion où je pourrois <Vous> convaincre de nouveau de mon attachement sans bornes, et de mon dévouement inviolable. Vienne Ce 9 Juin 1803. Gentz. H: Wiener Stadt- und Landesbibliothek, Wien. Handschriftensammlung, Inv.-Nr. 6584. 6 Bl., F: 218mm x 178mm; 10 eighd. beschr. Seiten. D: bisher ungedruckt.