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Gentz ; Adair, Robert
An Robert Adair, Buda, 1. November 1809, HHStA, Wien. Staatskanzlei, Interiora, Karton 95, Faszikel "Gentz. Goetzen, Kollowrath, Adair, Johnson, Bethurst", Bl. [?] 1809

Gentz digital

Transkriptionsentwurf Günter Herterich

id1203
Briefaussteller
Mashup mit Wikipedia  
Gentz
Briefempfänger
Adair, Robert
AusstellungsortBuda
Datum1. November 1809
Handschriftl. ÜberlieferungHHStA, Wien. Staatskanzlei, Interiora, Karton 95, Faszikel "Gentz. Goetzen, Kollowrath, Adair, Johnson, Bethurst", Bl. [?]
DruckorteKlinkowström, Staatskanzlei, Nr. XVIII, 42-46
IncipitJe ne veux pas au moins
BrieftypBriefe von Gentz
Digitalisat: TextAn Robert Adair Buda, 1. November 1809 Interzept ce 1 Novembre 1809 sous couvert de Hardenberg arrivé à Bude le 18 Novembre 1809 Je ne veux pas au moins quitter Monsieur, ce pais, qui a eté pendant 6 mois le theatre de mes angoisses et de mes peines, sans vous temoigner ma profonde reconnoissance des gages, que vous m'avés donnés de votre souvenir, et de plusieurs lettres infiniment interessantes, qui sont venûes faire diversion pour quelques momens aux impressions douloureuses dont j'etois accablé. Si je ne vous ai guères ecrit pendant cette epoque, je vous prie de l'attribuer uniquement à cette espece d'embarras convulsif, dans lequel on se trouve, lorsqu'il s'agit de rendre compte à quelqu'un trés elogné et par cela même etranger à une quantité de choses essentielles, de lui rendre compte d'evenemens tellement cruels, et tellement opposés à toutes les combinaisons humaines, et confondant se completement tous les calculs, que pour les expliquer il faut avoir recours à des données dont le developpement exigeroit des volumes, ou d'une nature // si critique et si delicate, qu'on ne sauroit jamais les confier à une lettre. C'est cet embarras, et l'abattement qui l'accompagne, et le dépit, qui en resulte à la fin, qui aient seuls pu m'empecher de communiquer avec un des hommes de mon tems, qui, sous tous les rapports imaginables, je voudrois rendre de preference à tous les autres, le temoin de mes chagrins les plus secrets et le depositaire de toutes mes idées. Par un concours de circonstances - dois-je dire favorables ou affligeantes ? - et sans aucun autre merite de ma part, je me trouve aujourdhui un des hommes les plus en état de presenter le tableau de nos malheurs, et des veritables causes de nos malheurs, d'une maniere absolument complete et satisfaisante. J'ai eu l'occasion de tout approfondir dans les sources, et je puis me flatter, que par un trait essentiel ne m'a echappé. Je n'ai pas besoin d'ajouter, que ce tableau, tel que je puis le tracer, ne peut pas etre offert aux yeux des contemporains, mais la catastrophe, qu'il embrasse a eté si grande et si terrible, qu'il ne prendra pas son interet pour la posterité. J'emploirai le tems, que j'aurai dorenavant // à ma disposition - et il n'y en aura que trop, je dois le prevoir - à composer le recit le plus lugubre, mais peut étre un des plus instructifs, qu'il y eut jamais: et si quelque constellation heureuse me reunit à vous, Monsieur, vous serés un des premiers, par lesquels la posterité commencera pour moi, tout comme vous auriés eté un des plus dignes d'appartenir à un meilleur siecle, que le notre. Je me contenterai de vous presenter ici une reflexion generale, à laquelle j'attache une grande importance, pour la direction des jugemens à porter sur le desastres inouis, qui nous ont ecrasés. Ces desastres ne doivent point leur origine, ni à tel ou tel individû, ni à telle ou telle cause particuliére; c'est un grand ensemble d'erreurs, d'aveuglement et de faux calculs, qui nous a perdû. Tout est lié dans cette histoire, et pour fixer son opinion sur quelque epoque, sur quelque incident, que ce soit, il faut constamment remonter à la source, et creuser dans les premiéres erreurs capitales, dans les premiéres funestes illusions: dont plus ou moins nous avons eté tous (car je ne puis pas m'excepté moi meme) complices et victimes. - Cette paix par exemple, qui vous fera fremir, et qui soulevera contre nous l'opinion de tout ce, qu'il y a de plus estimable en Europe, ne peut et ne doit point être envisagée comme un evenement isolé; elle n'est point l'ouvrage de tel ou tel homme, ou de tel ou tel parti; elle n'est, que le resultat final, concentré, palpable, et pour ainsi dire personnifié d'une masse enorme de fautes et de desordres, qui avoient preparé une issue pareille des le premier instant de cette malheureuse levée de bouclier. C'est dans l'histoire de 5 jours, qui ont precedé le passage du Danube à Ratisbonne helas ! - c'est peut-être dans l'histoire des cinq mois, qui ont amené ces cinq jours, que chaque article de cette paix trouvera son explication, - j'aurois presque dit, et comme historien je puis le dire - sa justification. L'intervalle entre le commencement de cette guerre et sa deplorable fin, a eté comblé, aux yeux de ceux, qui ne connoissoient pas le fond secret de la chose, par des esperances brillantes et toujours renaissantes, par des illusions inevitables, par quelques grands // succés reels, mais n e c e s s a i r e m e n t inutiles, enfin par la bravoure immortelle de cette armée, qui aujourd'hui encore sert, pour ainsi dire, de rideau ou de voile pour couvrir notre triste nudité, et à laquelle appartient seul le merite de tout ce, que cette paix nous a laissé encore, pour oter à la perspective de l'avenir une partie au moins de son amertume et de son horreur ! Mais avec les instrumens, auxquels nous etions reduits, les entraves (peu connues dans leur veritable essence) encombroient notre marche, et plusieurs meprises fatales dans la premiére organisation du projet - le miracle des miracles eut eté, que nous n'eussions pas succombé; et je vous certifie, en pleine conviction, et en pleine connoissance de cause, que ce , qui a eté sauvé dans cet orage m'etonne bien plus, que ce, que nous y avons perdu. Je m'en retourne à Prague; voila la derniere consolation, qui me reste; j'y passerai l'hiver avec des amis precieux, parmi lesquels j'ose compter en // premiére ligne Monsieur de Stadion, que le malheure commun m'a rendû plus cher et plus respectable. Je ne sais pas ce que je deviendrai ci-aprés; mais je vous avoue, que l'idée de me rendre en Angleterre, où peut-être je pourrai encore me rendre utile de maniére ou d'autre, me sourit aujourd'hui bien au delà de tout plan quelconque, que je pourrois former; et je vous le dis ici - non pas comme idée passagére, mais comme fruit de beaucoup de reflexion, mais comme arriére-pensée bien murie et bien consolidée, mais trés positivement et trés solemnellement: si tot ou tard vous pouvés contribuer à faire reussir ce projet, je vous regarderai comme le premier bienfaiteur de ma vie ! Lorsque j'ai reçu avec votre derniére lettre, celle, que vous a aviés jointe pour Madame de W cette femme celeste (car voila le titre qui lui convient) n'appartenoit dejà plus à ce triste pais, elle l'avoit quitté aprés la bataille de Wagram, pour sauver ce, qui lui reste en Empire. Vous aurés reçu j'espere, une petite lettre de sa part, que je vous ai transmise le 16 Septembre. // J'ai envoyé la votre à Troppau, en la remettant à la disposition des amis, qu'elle y a laissé, Madame Lanskoronska, dont le conduite dans cette crise terrible, a eté un modèle de sagesse, de noblesse et de fermeté, et lui a valû l'admiration de tout le monde, est encore à Troppau; elle a aussi le projet de passer l'hiver à Prague, qui sera le point de reunion pour tous ceux, que le retour à Vienne, moitié brulée, moitié rasée, privée de ses beaux remparts - mais surtout cruellement demoralisé - effraye et afflige trop pour le moment. Je m'etois toujours flatté, que le evenemens de cette guerre vous rameneroient au milieu de nous avant qu'elle fut finie; et Monsieur de Hardenberg et d'autres amis communs peuvent attester, combien cette idée m'enchantoit - Dio aliter placuit - Aujourd'hui je dois donc encore vous dire - a long farewell (lebt lange wohl) Daignés ne pas m'oublier. Je bornerai à ce peu de mots l'expression d'un sentiment, qui dans la situation ou je me trouve, me penetre, // m'accable, me tourmente beaucoup trop, pour que je ne redoute pas de m'y livrer - Et dans quelque pais de la terre, que le sort vous conduise, et recompense (si telle est le decret de la justice eternelle) les grands et nobles services, que v o u s avés rendûs à la cause de votre patrie et de l'Europe - et dans quelques conjonctures, que la clemence du ciel me reunisse à vous, soyés persuadé Monsieur, que vous me retrouverés toujours avec ces mêmes sentimens d'attachement, d'admiration et de reconnoissance, avec lesquels j'ai eté jusqu'à ce moment. H: HHStA, Wien. Staatskanzlei, Interiora, Karton 95, Fasz.95: "Fasz. "Gentz. Goetzen, Kollowrath, Adair, Johnson, Bethurst", Bl. [?]D: Klinkowström, Registratur der Staatskanzlei, Nr. XVIII, 42-46.