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Gentz ; Czartoryski, Adam Jerzy Fürst von
An Adam Jerzy Fürst von Czartoryski, Teplitz, 4. Juni 1807, Nationalmuseum, Krakau. Czartoryski-Bibliothek, Handschriftenabteilung, 5534 III, Bl. 85-107 1807

Gentz digital

Transkriptionsentwurf Günter Herterich

id3867
Briefaussteller
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Gentz
Briefempfänger
Czartoryski, Adam Jerzy Fürst von
AusstellungsortTeplitz
Datum4. Juni 1807
Handschriftl. ÜberlieferungNationalmuseum, Krakau. Czartoryski-Bibliothek, Handschriftenabteilung, 5534 III, Bl. 85-107
Format/Umfang12 Bl., F: 230mm x 196mm; 23 eighd. beschr. Seiten
IncipitLa lettre, que Votre Altesse
BrieftypBriefe von Gentz
Digitalisat: TextAn Adam Jerzy Fürst von Czartoryski Teplitz, 4. Juni 1807 Teplitz Ce 4 Juin 1807. Mon Prince ! La lettre, que Votre Altesse a daigné m'écrire, m'a pénétré de la plus profonde reconnoissance. Le souvenir dont Elle m'honore, les sentimens de bienveillance, dont Elle me comble, enfin, la nouvelle marque des hautes bontés de Sa Majesté l'Empereur, que je dois à Votre gracieuse protection, Mon Prince, m'imposent le devoir, de redoubler de zèle et d'efforts, pour répondre, autant qu'il est en moi, à l'opinion que j'ai eu le bonheur de Vous inspirer. Daignez Vous convaincre, Mon Prince, que Votre confiance, et les bienfaits de Sa Majesté l'Empereur, ne se seront pas adressés à un ingrat. Encouragé de nouveau par Votre indulgence, je voudrois pouvoir multiplier les chances d'obtenir Votre // approbation. Permettez donc, que tout en poursuivant la carrière, aujourd'hui plus pénible que glorieuse, de relever l'opinion publique, de lutter contre le torrent de la déstruction, et de réconquérir pas-à-pas le terrain perdu par les plus déplorables catastrophes, je Vous présente ici quelques idées, directement relatives aux grandes questions du moment actuel. La vérité et la franchise sont de droit, lorsqu'on parle à des hommes supérieurs; et la crise dans laquelle nous nous trouvons, est telle, qu'une fois admis à l'honneur de Vous entretenir sur des objets pareils, je ne serois pas digne de Vos bontés, si je consultois dans l'exposition de mes apperçus autre chose que l'intérèt général. J'avois rédigé à la fin du mois de Mars un mémoire "sur l'objet de la guerre actuelle, et sur les mesures à prendre par la Russie, pour // en amener le terme". Comme alors je n'avois pas même la certitude, que mes lettres précédentes Vous fussent pavenues, que je ne savois pas, si j'osois continuer de Vous écrire, et que d'ailleurs il n'y avoit pas de tems à perdre, j'adressai ce mémoire à Son Excellence Monsieur le Baron de Budberg, ayant appris, qu'Il accompagneroit l'Empereur. Il Vous sera sans doute facile, Mon Prince, de demander la lecture de cette pièce, et je désire extrêmement qu'elle soit mise sous Vos yeux. Elle contient la base des observations, que je vais prendre la liberté de présenter à Votre Altesse.J'ai appris depuis par une communication confidentielle, qu'un nouveau traité a été conclu entre la Russie et la Prusse, et que les cours de Vienne, de Londres, de Stockholm, et de Copenhague seront invitées à y accéder. - A la premiere vue des stipulations de ce traité // j'ai éprouvé le même sentiment, que m'inspira toujours ce trait célèbre de l'histoire, quand les Romains vendoient publiquement le terrain, où Annibal avoit établi son camp. Il y a une grandeur-d'ame peu commune à entrer dans des engagemens pareils, dans un moment où les objets qu'ils embrassent, paroissent être placés à une si grande distance. Quelle douleur, quelle désolation que tant d'énergie et de persévérance se trouvent frustrées de succès qu'elles méritent ! - Ces stipulations ne pouvoient être qu'hypothétiques; elles supposent - et qui ne l'approuveroit pas - le concours des autres puissances, celui sur-tout du gouvernement Autrichien. Il est déclaré dans un article particulier, que si l'Autriche persiste à refuser sa coopération, L.L. M.M. l'Empereur de Russie, et le Roi de Prusse, se concerteront sur d'autres mesures. Cet article est, selon toutes les apparences, le seul du traité qui recevra son exécution. // Au-moment, où cette lettre Vous parviendra, Mon Prince, l'espoir qu'on avoit fondé sur l'Autriche, aura probablement disparu sans retour. Je ne sais pas, quoique j'oserois le deviner, quelle a été Votre opinion à ce sujet. Mais j'ai vu avec infiniment de peine, qu'encore jusqu'au 8 du Mois de Mai, le Roi de Prusse n'avoit pas renoncé à cet espoir, qui cependant n'a jamais été, qu'une illusion funeste, et la source de beaucoup de malheurs. J'ignore pas quels motifs ont été determinés et même, de quels argumens spécieux ont pu se servir ceux qui jusqu'ici ont présenté un changement de systéme a Vienne, comme un évènement vraisemblable, ou seulement possible. Je ne me pardonnerois jamais d'avoir contribué à nourrir cette erreur. L'espoir d'une révolution pareille m'a invariablement paru chimérique; depuis la fin du mois de Janvier je n'ai plus même pu me livrer à // un doute sur l'exactitude parfaite de mes apperçus. A cette époque je fus moi-même l'organe de la proposition faite au Cabinet de Vienne de s'emparer sans délai de la partie non-conquise de la Silésie, et de sauver les places-fortes de ce pays, qui n'étoient pas encore emportées par l'ennemi. J'ai épuisé alors tous les argumens, qui pouvoient favoriser cette proposition. Je l'ai appuyée sur la base la plus simple, la plus séduisante pour la foiblesse de ce Cabinet. J'ai prouvé, que cette importante mesure pouvoit être réalisée, sans même que l'Autriche renonçat pour le moment au systême de neutralité, qu'elle avoit adopté. La manière, dont mon rapport a été acceuilli, les choses qu'on m'a répondues, les subterfuges, derrière lesquels on s'est retranché, la terreur, dont on a été frappé à l'idée seule, que le soupçon d'une détermination pareille put irriter la colère de Bonaparte - // enfin, le caractère général de cette négociation, et chaque circonstance qui l'accompagnoit, m'ont porté des-lors à la conviction, que de toutes les chances-de-salut imaginables, celle d'une intervention active de l'Autriche etoit la plus invraisemblable et la plus gratuite. Pendant que quelques vains préparatifs, sur la nature desquels il n'étoit presque pas permis de se tromper, quelques propos vagues et insignifians, et quelques démonstrations stériles d'intérèt et de satisfaction aux succès des armes alliées, entrainoient, non-seulement le public, mais des personnes mêmes qui n'auroient pas du en être la dupe, à s'attendre d'un jour à l'autre à quelque démarche décisive de l'Autriche, je me fortifiois au-contraire dans la conviction, que rien ne la feroit sortir de sa neutralité. Je savois même, qu'elle n'en pouvoit pas sortir. Je savois, que l'Empereur, quelque fut son inclination secrète (laquelle encore n'a jamais été bien prononcée) ne // se chargeroit à aucune condition de la responsabilité exclusive d'un parti vigoureux, que pour le déterminer à le prendre, il falloit de toute nécessité, que l'un ou l'autre des principaux personnages de la monarchie se mit en-avant, pour en partager le poids avec Lui, pour tenir un langage positif, pour fixer ses incertitudes et arrêter ses scrupules. Mais j'avois beau chercher cet homme, je ne le rencontrai nulle-part; il ne se trouvoit ni à-la-tête des conseils, ni à-la-tête des armées, ni parmi ceux qui pouvoient être autorisés à aspirer à l'une ou l'autre de ces places. Le Comte Stadion, quelque respectable qu'il fut par ses principes, son caractère, et ses opinions privées, ne possédoit ni assez de courage, ni assez d'ascendant et de pouvoir, pour s'exposer à une tâche aussi dangereuse; il prit pour règle de sa conduite d'interpréter et d'exécuter fidélement ce qui dans chaque moment donné lui paroissoit // l'opinion de son maitre; il ne tenta pas de Lui en donner une autre; il n'étoit pas même bien fermément établi dans son poste, et sentoit, qu'il ne pouvoit s'y maintenir que par un excès de prudence, de réserve, et de circonspection. D'un autre côté l'Archiduc Charles, le seul, dont l'avis bien prononcé auroit pu emporter la balance, ne cessa de protester contre la guerre. La foiblesse extrême de son caractère, la petitesse et l'incapacité de son esprit, la crainte de compromettre une réputation, obtenue par quelques conjonctures heureuses bien plus que par un mérite soutenu et de voir s'évanouir au premier revers le vain phantôme de sa grandeur, l'influence qu'exerçoient sur lui les plus plats et les plus misérables des hommes, enfin, ses préventions inexpugnables contre la Russie, et peut-être aussi quelques ressorts secrets, que les ennemis de la cause-commune avoient mis en jeu pour s'assurer de Lui; - tout concourut // à le jetter dans ce systême; et ceux qui avoient approfondi la chose, ne pouvoient absolument pas ignorer, qu'autant qu'il ne s'en détacheroit pas, l'Empereur n'auroit point la force d'y renoncer. Aucun changement n'étoit à prévoir. Il existoit à-la-vérité dans l'Armée un certain nombre d'hommes énergiques, désirant avec beaucoup d'ardeur, que l'Autriche profitat de cette grande occasion, pour quitter son attitude humiliante et travailler à son propre rétablissement, en coopérant à celui de l'Europe. L'Archiduc Jean entr'autres fut fortement prononcé pour ce parti. Mais ni lui, ni aucun des Généraux n'osoient heurter les principes connus du Chef suprême de l'armée. Quant aux autres classes de l'état, il ne valoit guères la peine de s'y arrêter. Rien n'égale l'apathie, la pusillanimité, l'égoisme, l'indifférence au bien-public, l'horreur de toute mesure énergique, qui caractérisent aujourd'hui // la Haute-Noblesse de la Monarchie Autrichienne; les Hongrois, comme nous venons de le voir, étoient même un peu plus gangrenés <que> les autres, puisque les rêves d'une fausse liberté se méloient encore chez eux à la dégradation et corruption générale. Tels étoient les chefs et la masse; et s'il y avoit deux ou trois exceptions honorables à citer, personne ne pouvoit imaginer, que ce seroit parmi ceux, qui les formoient, que l'Empereur choisiroit ses conseils. Comment donc, je le répète, comment a-t-on trouvé le moyen, de faire naitre, et sur-tout d'entretenir pendant si long-tems, l'attente d'une révolution de systême, qui réuniroit l'Autriche aux Alliés ? Elle n'étoit dans la catégorie des choses possibles, que dans une seule et unique hypothêse. Il auroit fallu, que Bonaparte <lui-même>, s'aveuglant sur les intérèts les plus manifestes, provoquat et attaquat l'Autriche. Mais pouvoit-on raisonnablement concevoir un évènement pareil ? N'étoit-il pas plutôt évident, que // quand même telle ou telle mesure alarmante adoptée par cette puissance, dans les principes les plus strictement défensifs, auroit pu déplaire à Bonaparte, ou le porter à quelque mouvement passionné, un instant de réflexion le ramèneroit à une marche plus sage ? Et le Général V i n c e n t ne se trouvoit-il pas placé à Varsovie, pour disperser le moindre nuage par les explications les plus satisfaisantes, et par le crédit et la faveur, dont il jouissoit auprès de Monsieur Talleyrand, et dont il avoit si bien mérité de jouir ? Je ne puis pas me dispenser de croire, Mon Prince, que dès le mois de Fevrier la politique de la Russie et de la Prusse auroit pris une direction différente si on avoit eu sur les dispositions du Cabinet Autrichien ces mêmes données correctes et positives, qui auroient du constamment guider tous les calculs. // Dans le mémoire, adressé à Monsieur le Baron de Budberg j'ai développé les bases de mon opinion, que dans l'état où nous nous trouvons aujourd'hui, la neutralité prolongée de l'Autriche est un obstacle tellement peremtoire au rétablissement d'un équilibre quelconque, que les efforts les plus puissans de la Russie sont insuffisans pour le surmonter. Je ne veux pas me répèter ici, mais je crois que cette facheuse vérité est susceptible de la démonstration la plus rigoureuse. Or, celui qui l'a une-fois reconnue, doit aussi se sentir le courage d'en admettre les conséquences directes. La guerre, qui se fait aujourd'hui, est dévenue de la part des Alliés - une guerre sans objet. Car le seul objet, digne de tant de sacrifices, est précisément celui auquel nous ne pouvons attendre, qu'à la seule et irrémissible condition, que l'Autriche se déclare en sa faveur; et cette condition nous est absolument refusée. Ce combat est donc non-seulement le plus infructueux, mais encore le plus // inégal, et le plus désespéré, qu'il soit possible de concevoir. Tandisque chaque revers, que nous risquons - permettez moi une-fois pour toutes, Mon Prince, de m'amalgamer avec cette cause sacrée ! - doit déteriorer de la manière la plus sensible la situation générale des affaires, les succès les plus brillans ne sauroient nous assurer le but. D'après un juste calcul politique, c'est un jeu, où il y a beaucoup à perdre, et rien ou presque rien à gagner; et, en mettant la gloire de côté, une seule bataille perdue nous enlève bien plus d'avantages, que nous n'en obtiendrons par quatre victoires. "Il faudroit donc consentir à une paix, qui d'après tous les principes éclairés, en mériteroit à-peine le nom, à une paix, qui perpétueroit le désordre, sanctionneroit les plus révoltantes usurpations, // soumettroit plus de la moitié de l'Europe á la tyrannie la plus odieuse, et la plus insupportable ?" - Je conçois ce qu'une conclusion pareille doit être aux yeux d'un Souverain, qui, depuis qu'il a illustré le trône, n'a employé ses vastes moyens, que pour sauver et protèger l'humanité. Je le sens dans toute sa plénitude, puisque moi, obscur individu, je ne puis pas le prononcer, cet arrêt, sans que tout mon sang se glace dans mes veines. Mais il n'est que le dernier résultat de dix années de fautes et de malheurs. Le passé n'est plus de notre domaine; nous n'avons pas crée ce dilemme; il est là, il nous presse, il nous tourmente; il s'agit de l'aborder tel qu'il est. Que ceux qui nous ont placé dans cette situation, en répondent à la postérité; pour nous il n'y a qu'un point que soit constant: c'est qu'il faut en sortir à-tout-prix. // Lorsqu'une fois il est complètement reconnu, que, quelque-chose que l'on entreprenne aujourd'hui, cette guerre ne peut jamais conduire à un dénoument satisfaisant et heureux - et nous ne pouvons plus ne pas le reconnoitre du-moment qu'il est malheureusement certain, que l'Autriche a tout abandonné, - il ne reste plus qu'une derniere obligation; elle est triste, mais claire et sacrée. Il faut tacher de sauver l'avenir, puisque le présent est soustrait à notre pouvoir. Tant d'autres ont lâchement temporisé, pour éluder le mauvais moment, ou pour renvoyer à leurs voisins le fardeau, [dont] ils ne vouloient pas se charger eux-mêmes, ou pour attraper quelque vil avantage au-milieu du désastre universel. Temporisons pour de plus nobles objets ! Pour agir sous de meilleurs auspices, pour amener des conjonctures plus heureuses, pour créer de nouvelles combinaisons, pour ménager les forces qui nous restent, jusqu'au jour, où // ceux que nous voulons sauver, se montreront dignes de notre assistance, et capables de profiter de nos bienfaits ! Condamnés à choisir entre des maux, choisissons les moins insupportables. Une paix, conforme aux principes, est refusée, non-seulement par l'ennemi, mais par les puissances les plus intéressées à l'exiger; ajoutons à tant d'autres sacrifices celui d'y renoncer pour le moment ! Sans nous exposer à de nouveaux désastres, faisons notre compte avec ceux, qu'il n'est plus possible d'effacer ! Je suis extrêmement porté à croire, que l'époque de la glorieuse bataille d'Eylau étoit beaucoup plus favorable aux négociations, que celle où nous nous trouvons aujourd'hui. Les fausses notions sur l'Autriche ont empêché de profiter de cette époque. Maintenant toutes les illusions sont finies; et en se soumettant à une dure nécessité, on a encore l'avantage précieux de pouvoir embrasser ce parti d'une manière parfaitement honorable. La gloire des armées de Sa Majesté l'Empereur // est intacte. Son noble et généreux dévouement pour la liberté et la prospérité de l'Europe Lui a valu l'admiration universelle, et inscrit à-jamais Son nom parmi les vrais héros de l'humanité. Son but, aussi désinteressé que magnanime étoit déjà généralement connu; aujourd'hui il se trouve distinctement consigné dans cette même convention mémorable, qui apprendra à la postérité dans quel sens Il a voulu la guerre. Le refus immanquable de l'Autriche d'accéder á cette convention, absoudra Sa Majesté de toute espèce de responsabilité ultérieure pour les malheurs qui pourront naitre de la paix. Sous tous les points-de-vue imaginables le moment est enfin arrivé pour mettre un terme à la guerre. Si Bonaparte est secrètement decidé a repousser toute paix quelconque, ou si, en offrant des conditions directement contraires à l'honneur, // ou tout-à-fait incompatibles avec la sureté future de la Russie, il la met dans la nécessité de reprendre les armes, l'intervalle de la négociation ne sauroit être nuisible aux affaires communes. Sous ce rapport-là, comme sous tant d'autres, tout est absolument changé aujourd'hui. Autrefois en gagnant du tems, il se préparoit à de nouveaux attentats. A-présent - il en coute de le dire, mais à quoi bon se refuser à l'évidence ! - il n'a plus rien à gagner par les délais. Comme il se gardera d'attaquer l'Autriche avant d'avoir fini avec la Prusse, il n'a plus de conquêtes à faire. Ses forces réelles ne peuvent guères s'accroître. Au-contraire, graces à l'admirable mesure, qui a créé la milice supplémentaire, c'est la Russie, qui profitera de l'intervalle. Je suis tellement pénétré de cette vérité, que, quoique répugnant d'ailleurs à une forme de négociation, par laquelle le Gouvernement Autrichien a l'air de s'arroger la gloire de pacifier l'Europe, qu'il a immolé par sa neutralité, // (pretention toutefois si vaine, que personne ne s'y trompera aisément) je me déclarerois pour un congrès-général, ne fut-ce <que> par la seule raison - et il en existe encore plusieurs autres - qu'il prolongera la négociation. Cependant des considérations d'une nature différente peuvent l'emporter sur celle-ci, et faire préférer les negociations particulières. Le principe reste toujours le même: Une guerre qui a perdu son objet, ne doit pas être continuée sans une nécessité claire et indispensable. On me croit un apôtre de la guerre. Et pourtant il m'est presque toujours arrivé de protester contre celles que j'ai vu faire. Mais depuis que je m'occupe des intérèts publics, c'est la première fois, Mon Prince, que je me trouve dans le cas de voter positivement pour une paix, funeste, odieuse, et révoltante d'après ma propre conviction. Jamais les résultats de mes calculs ne furent plus opposés à mes sentimens. Je conseille ce que j'abhorre; je parle // en faveur de ce que je maudis. Je suis loin de m'assujétir moi-même à la loi que je voudrois imposer aux puissances. Car s'il n'existoit plus d'asyle en Europe - Dieu soit loué, il en existe encore - je me sauverois dans les forets de l'Amérique, plutôt que d'habiter des pays, qui, sous quelques forme ou titre que ce fut, reconnoitroient la suprématie de Bonaparte. Mais toute considération personnelle doit se taire, on doit imposer silence aux sentimens les plus justes et les plus légitimes, lorsqu'on examine d'aussi grands intérèts. Il me semble même, que la force de ma répugnance ajoute à la force de mon raisonnement; et sans donner à mon opinion individuelle une importance qu'elle est bien loin d'avoir, je crois cependant qu'après les grands argumens, qui prouvent la nécessité de la paix par l'inutilité demontrée de la guerre, j'ose citer comme un foible supplément, qu'avec les principes, que je professe, j'aie pu me voir réduit à l'extrémité de signer les réflexions précédentes. // En-attendant, Mon Prince, l'avis, que j'ai développé ici, ne m'empechera pas de travailler pour la grande cause-commune avec la même ardeur et persévérance, que j'y ai mis dans la première fraicheur du combat. Le dernier homme, qui sera armé contre Bonaparte, trouvera encore en moi un Allié; et si aujourd'hui je vote pour un armistice, c'est dans l'espoir, qu'il nous suggêrera les moyens, de rentrer plus vigoureusement dans la carrière, et de combattre sous des auspices plus fortunés l'ennemi de la liberté de l'Europe. Cet espoir ne me quittera qu'avec la vie. Si Votre Altesse veut me faire l'honneur de m'annoncer la reception de cette lettre, je La supplie de <m>'adresser sa réponse par le Comte Finkenstein Ministre de Prusse à Vienne, Monsieur le Général de Canicoff se trouvant à Carlsbad avec tous les Russes qui jusqu'ici avoient résidé à Prague. Je passerai tout l'été à Teplitz, // à-moins que des évènemens inattendus ne m'engagent à me rendre à Prague ou à Vienne. J'ai ici l'avantage précieux d'avoir une imprimerie à ma disposition; elle n'est pas assez considérable, pour se charger d'ouvrages volumineux, mais elle suffit pour des feuilles volantes, ou des brochures de peu d'étendue. Agréez, Mon Prince, l'hommage du dévouement inviolable, et du très-profond respect, avec lequel je suis, De Votre Altesse Le très-obéissant et très-fidèle serviteur Gentz. H: Nationalmuseum, Krakau. Czartoryski-Bibliothek, Handschriftenabteilung, 5534 III, Bl. 85-107. 12 Bl., F: 230mm x 196mm; 23 eighd. beschr. Seiten. D: bisher ungedruckt.
 
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