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Gentz ; Czartoryski, Adam Jerzy Fürst von
An Adam Jerzy Fürst von Czartoryski, Prag, 16. November 1806, Nationalmuseum, Krakau. Czartoryski-Bibliothek, Handschriftenabteilung, 5534 III, Bl. 65-71 1806

Gentz digital

Transkriptionsentwurf Günter Herterich

id3573
Briefaussteller
Mashup mit Wikipedia  
Gentz
Briefempfänger
Czartoryski, Adam Jerzy Fürst von
AusstellungsortPrag
Datum16. November 1806
Handschriftl. ÜberlieferungNationalmuseum, Krakau. Czartoryski-Bibliothek, Handschriftenabteilung, 5534 III, Bl. 65-71
Format/Umfang4 Bl., F: 245mm x 196mm; 6 ¼ eighd. beschr. Seiten
IncipitJ'ai osé en date du
BrieftypBriefe von Gentz
Digitalisat: TextAn Adam Jerzy Fürst von Czartoryski Prag, 16. November 1806 Prague Ce 16 Novembre. 1806. Mon Prince ! J'ai osé en date du 30 Octobre, adresser une lettre à Votre Altesse, dans laquelle, après Lui avour présenté plusieurs détails et réflexions sur les causes des malheureux évènemens, qui se sont de-nouveau précipités sur l'Europe, et qui j'ai eu occasion d'observer de près, j'avois pris la liberté de parler de ma situation particulière, et de Vous demander, Mon Prince, Votre gracieuse intervention, pour me faire obtenir un secours pécuniaire, sans lequel je me trouverois cet hiver dans un embarras cruel. Je sens bien que cette demande se fait dans un moment singulièrement importun, et peut-être singulièrement inconvenable; mais coupé de tout aujourd'hui, sans aucun espoir d'avoir aucune nouvelle de l'Angleterre, ayant perdu à Dresde presque tout ce qui me restoit encore, et dépensé mes derniers fonds pour ce malheureux voyage au quartier-général // du Roi de Prusse, qui ne m'a valu que les plus lugubres résultats - j'avois assez de confiance dans la magnanimité de Sa Majesté l'Empereur, et dans Votre protection, Mon Prince, pour croire, que Vous ne repousseriez pas une démarche, que je ne fais certainement qu'avec un coeur profondément navré. Cette confiance me soutient encore; et si je renouvelle ici mes instances, c'est uniquement, puisque dans l'état affreux des choses, où nous nous trouvons aujourd'hui, je ne suis pas sûr, si ma première lettre Vous est parvenue; et ma position est telle, que l'incertitude du succès de ma démarche, ne m'est malheureusement rien moins qu'indifférente. Je ne sais pas, si j'ose encore, Mon Prince, m'expliquer sur les affaires publiques. Elles sont arrivées à un point de détresse et de désolation, qui fait taire le raisonnement, et impose silence à toutes les spéculations. - C'est une triste et misérable satisfaction que celle de pouvoir se dire, qu'on a prévu des catastrophes aussi cruelles; mais // pour autant que c'en est une, j'en prends ma juste part. Depuis dix ans je n'ai fait autre chose qu'annoncer, quel seroit nécessairement le dernier résultat de cet aveuglement déplorable, de cet étrange oubli de tous les principes, de ce rélâchement affreux, fruit de l'égoisme, de la fausse philosophie, et de la corruption générale, dans lequel les peuples et gouvernemens s'enfonçoient de plus-en-plus, en rivalisant l'un avec l'autre, lequel arriveroit le plus vite à la déstruction complète de son existence morale et politique. Ce n'est pas telle ou telle nation, tel ou tel pays en-particulier, qu'on peut justement accuser de notre ruine; l'Europe en est solidairement responsable; chacun a travaillé de son mieux, pour miner les fondemens de l'ordre social. Maintenant l'ouvrage paroit consommé; tout ce qu'il y avoit de grand, de beau, de respectable sur la terre disparoit; et la nuit d'une tyrannie impitoyable, et d'une barbarie sans terme et sans espoir, va nous couvrir tous de son ombre. Tant que je m'étois flatté, que 50 ou 60 000 hommes de la malheureuse Armée Prussienne échapperoient au sort cruel, // qui a brisé un des derniers instrumens du salut commun; je ne me suis pas livré au découragement. Un corps pareil réuni aux 30,000, que le Roi de Prusse pouvoit rassembler sur la Vistule, et aux armées que l'Empereur de Russie auroit envoyées à son secours, me présentoit encore l'idée d'une résistance puissante; et quoique, dans cette hypothèse même je n'eusse point désiré la continuation de la guerre - car je me disois enfin: "Heu ! nihil invitis fas quemquam fidere divis !" - j'espérois, qu'avec des forces pareilles, on parviendroit à une négociation-de-paix, qui auroit sauvé la Prusse de sa dissolution totale, et nous auroit accordé un répit, pendant lequel il y auroit eu moyen de réflechir à quelque systême régénérateur. - Mais tout cela n'est plus de saison. Les débris même de l'Armée Prussienne sont engloutis dans l'abime universel; le démon destructeur paroit se refuser à toute proposition pacifique; et la Russie va combattre pour sa propre existence. Peut-être que le Ciel est enfin satisfait; peut-être que cette triste génération, est enfin assez punie de ses fautes, et qu'il est réservé à Sa Majesté l'Empereur de Russie de ramener des jours plus heureux sur l'Europe ! Il y a peu de mérite à faire aujourd'hui des voeux pour son succès; mais qu'il me soit permis de dire, qu'il ne sauroit exister nulle-part un coeur plus électrisé que le mien par la simple idée de la possibilité de ce succès; je crois que je ne survivrois pas à la joie, dont je serois pénétré par une victoire pareille; et quel autre personnage de l'histoire oseroit se comparer à Votre Empereur, si après tant d'épouvantables malheurs, et à la veille du dernier jour de l'Europe, Il réussissoit encore à nous délivrer ! En-attendant je ne Vous cacherai pas, Mon Prince, que je ne cesse de déplorer la fatalité, qui a fait échouer les dernières négociations de paix avec Bonaparte. Depuis que j'ai su, que l'Angleterre s e u l e avoit obtenu la grande moitié de ses conditions, je n'ai pas pu me refuser à l'idée, que si ses efforts avoient été b i e n c o m b i n é s avec ceux de la Russie on auroit peut-être emporté le reste; en abandonnant Naples pour le moment, et [xxx] se contentant de sauver la Sicile, on auroit finalement engagé les troupes Françaises à repasser le // Rhin; et ce moment-là, bien employé, auroit pu dévenir le signal d'un nouvel ordre-de-choses. De quelles horreurs cet intervalle-de-paix nous auroit sauvé ! Et combien il eut été facile d'y arriver, si seulement les deux puissances avoient agi de-concert dans chacune de leurs demarches ! Je puis me tromper, Mon Prince; mais il m'est impossible de renoncer à l'idée, que si des circonstances impérieuses ne vous avoient pas engagé à cette époque à quitter le timon des affaires, nous aurions joui de ce bonheur; et je ne puis pas une seule fois m'occuper de nos revers actuels, sans que ce regret amer vienne se mêler à tout ce que j'éprouve d'affliction. Daignez, Mon Prince, ne pas m'oublier tout-à-fait dans ce moment désastreux et cruel. Votre souvenir sera un beaume pour mon ame déchirée et bouleversée; c'est avec le sentiment le plus vrai, le plus profond, le mieux conservé que j'y retrouve encore, que je Vous offre l'hommage du respect et du dévouement sans bornes, avec lesquels je suis De Votre Altesse Le trés-obéissant et très-fidèle serviteur Gentz. // P.S. Je resterai à Prague. Je crois toujours encore que le meilleur moyen, de me faire parvenir Votre réponse, sera de l'expédier par Vienne, à mon estimable ami, Monsieur de L e o n t i e f f. H: Nationalmuseum, Krakau. Czartoryski-Bibliothek, Handschriftenabteilung, 5534 III, Bl. 65-71. 4 Bl., F: 245mm x 196mm ; 6 ¼ eighd. beschr. Seiten. D: bisher ungedruckt.
 
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